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		<title>Les &#171; Communs Urbains &#187; face &#224; la th&#233;orie de l'espace social d'Henri Lefebvre</title>
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		<dc:date>2025-09-13T08:52:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Renaud Lariagon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;L'accaparement des ressources, la destruction de la nature et celle des services urbains ne cessent de s'intensifier. La profusion des termes pour qualifier les &#171; communs urbains &#187; invite &#224; s'interroger sur le bien-fond&#233; de ces suppos&#233;s concepts et &#224; &#233;valuer si chaque &#171; commun &#187; correspond &#224; une situation particuli&#232;re, ou si au contraire une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de ceux-ci peut &#234;tre &#233;labor&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://terreaterre.eu/-Articles-" rel="directory"&gt;Articles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://terreaterre.eu/local/cache-vignettes/L150xH121/fucvam-firmas-47522.jpg?1774852523' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le contexte d'une urbanisation rapide, globale et soutenue par les politiques n&#233;olib&#233;rales, l'accaparement des ressources et la destruction de la nature se sont intensifi&#233;s. Il en est de m&#234;me pour les biens et les services urbains : d&#233;mant&#232;lement des services publics comme l'&#233;ducation, privatisation des ressources comme l'eau, brevetage des connaissances ou cession d'espaces publics aux entreprises. Face &#224; ces diff&#233;rentes situations, des acteurs disparates se mobilisent pour d&#233;fendre ces &#171; nouveaux communs urbains &#187;, malgr&#233; la diversit&#233; de leurs aspects et de leurs significations. La profusion des termes pour qualifier les &#171; communs urbains &#187; invite &#224; s'interroger sur le bien-fond&#233; de ces suppos&#233;s concepts et &#224; &#233;valuer si chaque &#171; commun &#187; correspond &#224; une situation particuli&#232;re, ou si au contraire une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de ceux-ci peut &#234;tre &#233;labor&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, deux approches des communs urbains se distinguent (Dellenbaugh &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 2015)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction au fran&#231;ais de : Lariagon, R. 2020. &#171; Los &#8220;Comunes Urbanos&#8221; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Castro-Coma et Mart&#237;-Costa (2016) les identifient comme &#171; n&#233;o-institutionnels &#187; et &#171; n&#233;o-marxistes &#187;. La premi&#232;re a &#233;t&#233; initi&#233;e par le c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Governing the Commons d'Elinor Ostrom&lt;/i&gt; (1990). Elle s'inspire de cas de gestion collective efficiente des ressources naturelles pour proposer des montages institutionnels int&#233;grant la figure communautaire et ses ressources, et ainsi d&#233;passer les sch&#233;mas de gouvernance classiques, g&#233;n&#233;ralement caract&#233;ris&#233;s par le partenariat public-priv&#233;. La seconde approche est d&#233;velopp&#233;e par des auteurs tels que Hardt et Negri (2009), Linebaugh (2009) ou Harvey (2012a), qui s'att&#232;lent &#224; construire une &#233;conomie politique des communs. Ces derniers soutiennent que &#171; le commun &#187; est li&#233; aux projets d'autonomies et de r&#233;sistances aux attaques du march&#233; et au contr&#244;le de l'&#201;tat. Si des auteurs comme Dellenbaugh &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; (2015) cherchent &#224; concilier ces deux positions en affirmant que les deux reconnaissent la n&#233;cessit&#233; de former une communaut&#233; pour avoir quelque chose en commun, il reste &#224; mettre en &#233;vidence leurs divergences, notamment en distinguant leurs fondements &#233;pist&#233;mologiques, et ainsi mettre en &#233;vidence l'antagonisme des propositions politiques qui en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'objectif de l'article est de dialoguer th&#233;oriquement avec les approches mentionn&#233;es et la th&#233;orie de l'espace social d&#233;velopp&#233;e par Henri Lefebvre. En effet, cet auteur est r&#233;guli&#232;rement mentionn&#233; dans les d&#233;bats autour des &#171; communs urbains &#187;, &#224; travers son ouvrage &lt;i&gt;Le droit &#224; la ville &lt;/i&gt; (1968). Pourtant, celui-ci n'est qu'une entr&#233;e, ou plut&#244;t une porte de sortie (une proposition politique), de la th&#233;orie globale qu'il &#233;tablit dans &lt;i&gt;La production de l'espace &lt;/i&gt; (1974). Pour en montrer la robustesse, nous commencerons par d&#233;finir l'architectonique spatiale et la triade conceptuelle (espace per&#231;u, con&#231;u, v&#233;cu) &#233;labor&#233;e pour d&#233;chiffrer le processus de production de l'espace. Ceci se fera selon la dialectique mat&#233;rialiste, m&#233;thode qui relie le &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; que la tradition cart&#233;sienne a s&#233;par&#233;s. Ensuite, &#224; travers une analyse sociohistorique, nous identifierons &lt;i&gt;la communaut&#233;&lt;/i&gt; comme une formation sociale transhistorique et nous poserons l'&#233;volution de son espace (social) rural en relation avec le mode de production capitaliste et l'inexorable urbanisation du monde qu'il sous-tend. C'est ainsi que se d&#233;voile l'entr&#233;e dans la &lt;i&gt;Zone critique&lt;/i&gt; anticip&#233;e il y a 50 ans par Lefebvre (1970). Nous expliciterons donc le caract&#232;re ali&#233;nant de cette soci&#233;t&#233; urbaine qui tend &#224; isoler les diff&#233;rences sociales et &#224; les mettre en comp&#233;tition. Enfin, ayant observ&#233; qu'un objet n'est pas commun &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;, et qu'un sujet social n'est pas n&#233;cessairement porteur de mise en commun, &lt;i&gt;le droit &#224; la ville&lt;/i&gt; pourrait se rapprocher d'une compr&#233;hension du commun comme &lt;i&gt;mode de production&lt;/i&gt;. Ainsi, malgr&#233; les divergences observ&#233;es chez les n&#233;omarxistes, nous d&#233;fendrons une compr&#233;hension du &lt;i&gt;droit &#224; la ville&lt;/i&gt; comme d'une appropriation de l'espace-temps nourrit par la diff&#233;rence, c'est-&#224;-dire de dynamiques de subjectivation des classes populaires urbaines qui s'appuieraient sur l'objectif de &lt;i&gt;communiser la ville&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - La production de l'espace : une conception relationnelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'architectonique spatiale comme fondement&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefebvre a entrepris la construction d'une &lt;i&gt;th&#233;orie unitaire &#171; de &#187; l'espace&lt;/i&gt; apr&#232;s avoir constat&#233; que r&#233;gnait un &#171; ab&#238;me th&#233;orique &#187; entre les approches mentale et physique de celui-ci. Cette th&#233;orie ne pr&#233;tend pas nier l'existence de divers espaces logico-&#233;pist&#233;mologiques, mais plut&#244;t d'&#233;tablir des m&#233;diations entre eux, en proposant le social comme unificateur du tout (Lefebvre, 2000/1974, 7-19). Cette th&#233;orie n'&#233;tait pas destin&#233;e &#224; remplacer celle de la lutte des classes, mais plut&#244;t &#224; la compl&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En reprenant les travaux de Leibniz, Lefebvre (2000/1974, 197-200) explique que l'espace existe en soi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#233;viter toute confusion, il aurait &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;rable de dire ici que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et il rappelle que l'espace est infini, de sorte qu'il n'a pas de forme ou d'orientation assignable. Cela ne signifie pas qu'il est &lt;i&gt;inconnaissable&lt;/i&gt;, mais qu'il est &lt;i&gt;indiscernable&lt;/i&gt;. L'espace ne contient pas pr&#233;alablement les nombres ou les repr&#233;sentations comme le d&#233;fendent Descartes et Spinoza. Ce n'est pas non plus la somme des choses qu'il contient. C'est &#224; travers l'infinit&#233; de la mati&#232;re, &#171; depuis son int&#233;rieur &#187; que l'on peut discerner des choses uniques ou des ensembles d'objets, les distinguer les uns des autres, dessiner leurs contours et comprendre leurs relations. Ceci ne veut pas dire que Leibniz adopte une posture subjectiviste en consid&#233;rant que l'observateur d&#233;finit l'espace en le mesurant. Au contraire, un corps appr&#233;hende l'espace en &#171; l'occupant &#187; &#224; travers sa propre existence, se distinguant des choses qui l'entourent tout en restant en relation avec elles (ne serait-ce que visuellement). L'espace est donc &lt;i&gt;absolument relatif&lt;/i&gt;. Ce premier fondement permet d'aborder la question du commun comme celle de l'espace, puisque ce dernier devient discernable par &lt;i&gt;l'activit&#233; sociale&lt;/i&gt;. Et pour ce qui nous int&#233;resse dans cet article, une ressource naturelle devient commune en raison de l'int&#233;r&#234;t et du travail qu'une communaut&#233; lui d&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Lefebvre (2000/1974, 19-23) soutient ainsi le caract&#232;re relationnel et dynamique de l'espace, expliquant comment les &#233;l&#233;ments sont connect&#233;s &lt;i&gt;&#224; travers&lt;/i&gt; &#8211; et transform&#233;s par &#8211; les flux d'&#233;nergie qui les traversent. Le temps est cette intensit&#233; de l'&#233;nergie entre les &#233;l&#233;ments, le contenu m&#234;me des relations. Il est donc relatif &#224; l'espace, ce qui concorde avec la th&#233;orie de la relativit&#233; d'Einstein : le temps est la quatri&#232;me dimension de l'espace. Inspir&#233; par Nietzsche, il illustre aussi comment l'activit&#233; sociale, au m&#234;me titre que les ph&#233;nom&#232;nes physiques (la m&#233;t&#233;o, les incendies, la tectonique des plaques, etc.), est une &#233;nergie en mouvement avec ses orientations, ses stagnations relatives, ses regains brutaux comme ses ph&#233;nom&#232;nes d'usure lente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Conform&#233;ment &#224; ce qui pr&#233;c&#232;de, la spatialisation du processus de repr&#233;sentation est un des apports majeurs de la th&#233;orie lefebvrienne. En opposition au &lt;i&gt;cogito&lt;/i&gt; cart&#233;sien et en consid&#233;rant le sujet comme r&#233;sultat de son exp&#233;rience, la subjectivation se fait &#224; partir d'une certaine configuration d'objets et de signes ; c'est-&#224;-dire dans un contexte mat&#233;riel et social qui conditionne l'action. C'est d'ailleurs pour cela que Lefebvre distingue (&#224; la fin du chapitre &#233;ponyme) l'&lt;i&gt;architectonique spatiale&lt;/i&gt; de l'&lt;i&gt;espace global&lt;/i&gt; ; c'est-&#224;-dire les &lt;i&gt;lois de l'espace&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;d&#233;ploiement spatial de l'histoire sociale &lt;/i&gt; (2000/1974, 262). En ce sens, la mondialisation capitaliste n'&#233;tait pas d&#233;termin&#233;e par la nature ou une essence humaine. Elle s'est configur&#233;e &#224; travers le d&#233;veloppement des forces productives, la lutte de classes et une immense liste d'autres facteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Les trois moments de la production (sociale) de l'espace (social)&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Lefebvre (2000/1974, 39-40), l'espace originel est la &lt;i&gt;Nature&lt;/i&gt; tandis que la spatialit&#233; sociale, fruit du travail humain intentionnel et de l'organisation de la soci&#233;t&#233;, est devenue une &#171; seconde nature &#187;. Cette derni&#232;re fait l'objet de la recherche g&#233;ographique et la consid&#233;rer comme espace social implique d'&#233;tudier les modalit&#233;s de sa production. Pour cette raison, le terme &lt;i&gt;production&lt;/i&gt; ne doit pas &#234;tre r&#233;duit au sens &#233;conomique, mais plut&#244;t englober la transformation continue de la mati&#232;re, permettant de distinguer et de croiser la production d'&#339;uvres (uniques) et de produits (r&#233;p&#233;titifs) (Ibid. : 85).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les diff&#233;rents modes de production, en conjonction avec d'autres relations sociales, produisent leurs espaces et leurs temps, devenant ainsi des instruments pour la pens&#233;e et l'action. Nous nous accordons alors avec la lecture de Le&#243;n Hern&#225;ndez (2011), qui d&#233;finit l'espace comme &lt;i&gt;m&#233;diateur dynamique&lt;/i&gt;, car il est &#224; la fois la &lt;i&gt;pr&#233;misse&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;moyen&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;r&#233;sultat &lt;/i&gt; de l'action. L'espace &#233;tant dynamique, son &#233;tude doit capter les phases stables, les changements, les continuit&#233;s et les discontinuit&#233;s. Lefebvre avertit &#224; de nombreuses reprises sur le fait que c'est le &lt;i&gt;processus de production&lt;/i&gt; qui doit &#234;tre &#233;tudi&#233;, et non le &#171; produit fini &#187; (statique) ; surtout dans le monde des marchandises. En effet, celles-ci ne disent pas la v&#233;rit&#233;, elles parlent dans leur langue (celle des signes de l'&#233;change marchand) et cachent leur origine : le travail social (2000/1974, 97). De la m&#234;me mani&#232;re, l'espace produit par le capitalisme cache aussi ses v&#233;rit&#233;s et Lefebvre (2000/1974) propose une triade conceptuelle pour les d&#233;chiffrer. Cela met en &#233;vidence la triplicit&#233; qualitative de l'espace : trois &#171; niveaux &#187; ou espaces (per&#231;us, con&#231;us et v&#233;cus), qui peuvent aussi &#234;tre assimil&#233;s &#224; des &#171; moments&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une d&#233;finition de la th&#233;orie des moments et une introduction &#224; la &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; pour souligner que chacun se d&#233;ploie selon sa propre temporalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, les &lt;i&gt;pratiques spatiales&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;espaces per&#231;us&lt;/i&gt; (pratico-sensibles) sont physiquement perceptibles. Ce ne sont pas des interpr&#233;tations, mais des pratiques quotidiennes assimil&#233;es par un groupe dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, avec ses r&#233;seaux de communication et ses fronti&#232;res, ses types d'architectures, ses lieux d'&#233;change, etc. Proche du concept d'infrastructure, c'est l'espace fa&#231;onn&#233; &#224; travers l'histoire, l'&#233;conomie et les imp&#233;ratifs de la reproduction biologique et sociale. Deuxi&#232;mement, les &lt;i&gt;repr&#233;sentations de l'espace&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;espaces con&#231;us&lt;/i&gt; (abstraits-mentaux) sont des conceptions dominantes de l'espace et de la soci&#233;t&#233; qui (im)posent un contexte pour toute pens&#233;e et action dans des temps et territoires donn&#233;s. &#192; travers les institutions officielles, ils justifient et actualisent les relations de l'ordre social, &#233;crasant toujours le troisi&#232;me niveau : les &lt;i&gt;espaces de repr&#233;sentation&lt;/i&gt;. En effet, ces derniers, aussi appel&#233;s &lt;i&gt;espaces v&#233;cus&lt;/i&gt; (relationnels-socialis&#233;s), sont les espaces &#224; partir desquels les sujets produisent leurs propres repr&#233;sentations du monde, comme l'art. Ils sont li&#233;s &#224; la dimension clandestine de la vie quotidienne et peuvent provenir de l'histoire ou de l'imaginaire social. Ils sugg&#232;rent et encouragent une restructuration alternative et r&#233;volutionnaire des repr&#233;sentations institutionnelles. Ce sont des lieux de r&#233;invention perp&#233;tuelle o&#249; l'ali&#233;nation r&#233;v&#232;le ses faiblesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure 1 propose une synth&#232;se dans laquelle certaines cl&#233;s de lectures ont &#233;t&#233; ajout&#233;es pour comprendre chaque moment en fonction des deux autres. Ainsi, l'axe du devenir historique a &#233;t&#233; &#233;tabli de gauche &#224; droite, faisant de l'espace &lt;i&gt;per&#231;u&lt;/i&gt; le point de d&#233;part analytique. D'un point de vue mat&#233;rialiste, c'est l'espace socialement h&#233;rit&#233;, le contexte social-mat&#233;riel, infrastructurel, &#224; partir duquel le &lt;i&gt;con&#231;u&lt;/i&gt; est &#233;labor&#233; et auquel s'adapte le &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt;. Pour marquer la puissance des repr&#233;sentations dominantes et les assimiler au concept de superstructure, un axe vertical a &#233;t&#233; inclus, de haut en bas, signifiant que le con&#231;u sp&#233;cule &#224; partir du per&#231;u et &#233;crase le v&#233;cu. Enfin, il faut consid&#233;rer une cl&#233; ph&#233;nom&#233;nologique qui n'est pas signifi&#233;e sur le sch&#233;ma, car elle concerne tous les sujets : l'espace est toujours une exp&#233;rience v&#233;cue avant d'&#234;tre mat&#233;riellement per&#231;u ou con&#231;u de fa&#231;on abstraite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://terreaterre.eu/IMG/png/triadelariagon.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://terreaterre.eu/local/cache-vignettes/L500xH282/triadelariagon-3f95f.png?1765631977' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette triade doit &#234;tre utilis&#233;e comme une proposition qui s&#233;pare et unifie simultan&#233;ment les trois moments afin d'appr&#233;hender les tensions dialectiques entre eux. En effet, il est impossible de les dissocier dans la r&#233;alit&#233;, notamment pour le sujet qui les exp&#233;rimente simultan&#233;ment. En bleu sur la figure 1, nous avons signal&#233; les trois &#233;tapes m&#233;thodologiques &#233;labor&#233;es dans notre recherche doctorale (Lariagon, 2018) pour &#233;tudier la dimension spatiale des processus de subjectivation politiques. Selon son objet d'&#233;tude, le chercheur peut se concentrer sur tel ou tel espace, mais la rigueur de l'analyse oblige &#224; ne jamais les dissocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'espace social ne se r&#233;duit pas &#224; l'espace &lt;i&gt;socialis&#233;&lt;/i&gt;, celui appropri&#233; par une soci&#233;t&#233;. Plus que d'&#234;tre en contact avec lui, elle y est immerg&#233;e. Le social comble donc le vide th&#233;orique indiqu&#233; auparavant, car il relie la r&#233;alit&#233; physique aux abstractions mentales. Anthropologiquement parlant, toute th&#233;orie de l'espace est sociale (m&#234;me celles qui le nient), car elle est &#233;labor&#233;e &#224; partir d'un espace socialement produit qui contient &#233;galement des repr&#233;sentations socialement produites. Plus qu'une th&#233;orie culturelle du modelage de l'espace, Lefebvre a d&#233;velopp&#233; une th&#233;orie sociale critique de l'espace-temps &#224; partir d'une conception mat&#233;rialiste de la connaissance. La triade illustre ainsi la complexit&#233; du processus de production de l'espace, et en veillant &#224; ne conf&#233;rer aucune supr&#233;matie &#224; l'un des trois &#171; espaces &#187; ou &#171; moments &#187;, elle neutralise les d&#233;terminismes souvent reproch&#233;s au marxisme : l'historicisme, le structuralisme, l'&#233;conomisme, mais aussi le plus r&#233;cent relativisme culturel postmoderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;D&#233;passer le s&#233;paratisme pour red&#233;couvrir la complexit&#233; &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefebvre n'est pas un auteur &#224; associer &#224; la soi-disant &#171; dialectique socio-spatiale &#187; ou au &#171; spatialisme &#187;. Au contraire, cette approche dualiste fonde la conception bourgeoise de l'espace et guide son intervention spatiale (urbanisme, am&#233;nagement du territoire, etc.) avec la conviction que modifier l'espace engendrera m&#233;caniquement des changements dans la vie sociale (Kipfer, 2019). Cela participe &#224; l'instrumentalisation politique de l'espace, donc par extension, &#224; celle des &#171; biens communs &#187; aussi. Cette tradition philosophique est fond&#233;e sur la s&#233;paration cart&#233;sienne objet-sujet, qui a initi&#233; avec elle l'impossible qu&#234;te de l'essence humaine. Descartes a &#233;tabli la &lt;i&gt;raison absolue&lt;/i&gt; comme fondement de la pens&#233;e lib&#233;rale et de la science moderne. Sa m&#233;taphysique est devenue h&#233;g&#233;monique au point de contaminer les interpr&#233;tations mat&#233;rialistes et de g&#233;n&#233;rer des th&#233;ories r&#233;ductionnistes dans toutes les sciences sociales. En ce qui nous concerne, aborder le probl&#232;me de l'espace &#224; partir de cette approche le r&#233;duit &#224; un seul terme (une chose : l'espace), en relation simpliste avec un deuxi&#232;me terme (une autre chose : la soci&#233;t&#233;), alors que ces deux termes sont mat&#233;riellement indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proposer notre propre synth&#232;se de la triade vise donc &#224; argumenter contre des interpr&#233;tations largement r&#233;pandues. Pire encore que la dialectique socio-spatiale, Soja (1999) a propos&#233; une &#171; trialectique &#187; socio-spatio-temporelle, d&#233;mantelant la triade en trois termes. Acteur de la d&#233;rive culturaliste postmoderne, cet auteur &#233;tait clairement impr&#233;gn&#233; d'id&#233;alisme cart&#233;sien et a amplifi&#233; la tendance &#224; la s&#233;paration. Quant &#224; Harvey (1998), pour clarifier une triade qu'il jugeait lui-m&#234;me confuse, il a limit&#233; l'exp&#233;rience &#224; une dimension mat&#233;rielle d&#233;finie par le fondement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Mais l'espace social est produit &#224; travers un syst&#232;me de relations complexes et la fabrication de repr&#233;sentations est ins&#233;parable des relations sociales en g&#233;n&#233;ral. La structure objective ne se limite donc pas &#224; l'&#233;conomique, elle englobe &#233;galement les productions politiques et culturelles qui, dans une tradition cart&#233;sienne, sont nomm&#233;es &#224; tort &#171; immat&#233;rielles &#187; ou &#171; id&#233;elles &#187;. Par cons&#233;quent, nous sommes d'accord avec Schmid (2008) quand il souligne qu'il est n&#233;cessaire d'avoir une connaissance de la ph&#233;nom&#233;nologie et de ses critiques pour comprendre cette triade de la production de l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer le type de r&#233;ductionnisme que peut engendrer l'utilisation id&#233;aliste de concepts mat&#233;rialistes, il est &#233;clairant d'observer comment l'interpr&#233;tation de Harvey a &#233;t&#233; reprise par Eizenberg (2012) afin de plaider en faveur de sa proposition de &#171; biens communs r&#233;ellement existants &#187;. Castro-Coma et Mart&#237;-Costa (2016) situent les travaux de cette auteure dans la tendance n&#233;o-institutionnaliste. En effet, Eizenberg consid&#232;re que les jardins communautaires de New-York sont des communs urbains, puisque des dispositifs institutionnels les reconnaissent comme tels, comme n'&#233;tant ni publics ni priv&#233;s. La formulation s'inspire de la proposition du &#171; n&#233;olib&#233;ralisme r&#233;ellement existant &#187; de Brenner et Theodor (2002), par laquelle ils d&#233;fendent, bien au contraire, que la r&#233;alit&#233; concr&#232;te du n&#233;olib&#233;ralisme contredit ses propres principes th&#233;oriques, confirmant la filiation id&#233;aliste-cart&#233;sienne de celui-ci. Si nous sommes d'accord avec Eizenberg sur la mat&#233;rialit&#233; effective (per&#231;ue) des jardins communautaires, elle situe la politisation des &lt;i&gt;commoners&lt;/i&gt; dans le &lt;i&gt;con&#231;u&lt;/i&gt;, car il s'agirait de &#171; nouvelles repr&#233;sentations &#187;. De notre point de vue, cette politisation se situe du c&#244;t&#233; du &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt;, puisque les connaissances produites proviennent pr&#233;cis&#233;ment de leur(s) exp&#233;rience(s) du conflit avec le pouvoir (qui con&#231;oit). En ne reliant pas dialectiquement les trois moments, elle minimise donc l'antagonisme structurel. Les jardins communautaires ne sont pas que des espaces de protestation, mais aussi, et en m&#234;me temps, des espaces de cooptation citoyenne du fait du contr&#244;le exerc&#233; par la municipalit&#233;. L'&#233;clectisme m&#233;thodologique d'Eizenberg l'a ainsi amen&#233;e &#224; s&#233;parer les trois moments de la triade, manquant une occasion d'enrichir l'analyse. Avec un objectif similaire, Morange et Spire (2017) proposent un concept plus efficace : le &lt;i&gt;droit &#224; la ville de fait&lt;/i&gt;. En se focalisant sur les configurations existantes, elles int&#232;grent des appropriations informelles, existantes &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, et montrent ainsi en quoi la normativisation n&#233;olib&#233;rale de l'espace est un processus d'inclusion s&#233;lective dans la ville, et que l'adaptation et la (r&#233;)invention des pratiques est une n&#233;cessit&#233; pour y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous insistons sur le fait que la triade a son utilit&#233; pour saisir la complexit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes sociaux si elle est comprise selon la dialectique mat&#233;rialiste qui la fonde. Nous ne citerons pas les diff&#233;rents travaux philosophiques et m&#233;thodologiques que Lefebvre a men&#233;s pour &#233;tayer cette m&#233;thodologie scientifique, mais nous illustrerons ci-dessous comment cela lui a servi pour &#233;tudier les changements socio-spatiaux de l'histoire du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Du rural &#224; l'urbain et de l'&#233;volution des communs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Les communs ruraux face &#224; l'industrialisation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si Bollier (2014) parle &#171; d'une renaissance urbaine &#187; des communs, pour Festa (2016), il s'agit d'&#171; une invention &#187; situ&#233;e dans la modernit&#233; : &#171; la question urbaine permet d'&#233;vacuer le retour nostalgique &#224; un commun pr&#233;moderne id&#233;alis&#233; qui joue le r&#244;le du mythe fondateur des communs &#187;. Bien qu'elle invite &#224; ne pas faire d'histoire, cette phrase d&#233;voile pourtant quelques indices : quel est ce mythe fondateur et comment d&#233;finit-il le commun ? Pourquoi ce qui se situe historiquement si pr&#232;s de la naissance du capitalisme dispara&#238;t-il &#224; l'entr&#233;e dans la modernit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arm&#233;s d'une conception sociale de l'espace, nous pouvons &#224; pr&#233;sent &#233;tudier, dans une perspective sociohistorique, comment le &lt;i&gt;rural&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; subordonn&#233; &#224; l'&lt;i&gt;industrialisation&lt;/i&gt;, et comment cette derni&#232;re l'a &#233;t&#233; &#224; l'&lt;i&gt;urbanisation&lt;/i&gt; (Lefebvre, 1970 : 9-26). Pour caract&#233;riser les espaces ruraux et urbains non seulement par leurs &lt;i&gt;formes&lt;/i&gt;, mais aussi par leurs structures et leurs &lt;i&gt;fonctions&lt;/i&gt; sociales, l'histoire de la relation ville-campagne doit &#234;tre reli&#233;e &#224; celle des &#171; communs &#187;. Cependant, par souci de concision, et parce que le sujet a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; trait&#233; dans de nombreux ouvrages (entre beaucoup d'autres : Echeverr&#237;a, 2013 ; Mumford, 1961) nous nous contenterons de r&#233;sumer le mouvement g&#233;n&#233;ral &#224; la lumi&#232;re des principaux ouvrages de Lefebvre qui abordent cette question (2009/1968 ; 2000/1970 ; 2000/1974).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage du rural &#224; l'industriel a commenc&#233; en Europe &#224; la fin du Moyen &#194;ge lorsque les villes sont redevenues des centres de cr&#233;ation, de production et d'&#233;changes, principalement gr&#226;ce aux surplus agricoles. Les marchands ont &#233;t&#233; progressivement int&#233;gr&#233;s dans les villes jusqu'&#224; occuper une place centrale. Les religions, dans un effort pour survivre, ont fait leurs r&#233;formes au XVIe si&#232;cle, adoptant et l&#233;gitimant ces diff&#233;rences sociales &#233;mergentes qui ont permis le d&#233;veloppement des banques et des pr&#234;ts (Lefebvre, 2020/1970). Ces changements sociaux et repr&#233;sentationnels ont ouvert la possibilit&#233; d'affirmation du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; comme un ensemble d'actifs physiques et mon&#233;taires moteurs de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie marchande a progressivement domin&#233; ces villes m&#233;di&#233;vales o&#249; se faisait l'exp&#233;rience d'un &#171; communisme urbain &#187;. Paradoxalement, ces villes se sont r&#233;v&#233;l&#233;es &#234;tre le tombeau du f&#233;odalisme et le berceau du capitalisme. En effet, la philosophie des Lumi&#232;res a eu un grand impact sur l'&#233;tablissement progressif d'une nouvelle &lt;i&gt;ontologie politique&lt;/i&gt; bas&#233;e sur la m&#233;taphysique cart&#233;sienne (Negri, 2008/1970). Les monarques absolutistes s'appuyaient chaque fois davantage sur l'initiative &#233;conomique, et ont ainsi soutenu de nombreuses r&#233;voltes citadines et bourgeoises visant l'obtention de statuts particuliers contre les imp&#244;ts et l'autorit&#233; des seigneurs. Ces derniers affaiblis, ils furent combattus ou absorb&#233;s par les &#201;tats modernes naissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;industrialisation&lt;/i&gt; a signifi&#233; le passage d'un &lt;i&gt;capitalisme commercial&lt;/i&gt; &#224; un &lt;i&gt;capitalisme productif&lt;/i&gt;, donc encore plus &lt;i&gt;comp&#233;titif&lt;/i&gt;, qui s'est mat&#233;rialis&#233; par un double mouvement : le d&#233;veloppement de l'appareil productif (manufactures, infrastructures, etc.) dans les villes ; et la privatisation des terres agricoles, qui a g&#233;n&#233;r&#233; la fragmentation et la cl&#244;ture des terres. Ce processus connu sous le nom d'&lt;i&gt;enclosure&lt;/i&gt; a commenc&#233; en Angleterre avant de se g&#233;n&#233;raliser en Europe &#224; partir du XVIIIe si&#232;cle, prenant diff&#233;rentes formes selon les configurations sociopolitiques. De nombreuses formes traditionnelles d'acc&#232;s aux ressources naturelles ont ainsi &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;es, telles que le lien entre les serfs et la terre, les champs ouverts, les droits communaux, etc. Il s'agit alors d'un basculement du &lt;i&gt;droit d'usage&lt;/i&gt; vers le &lt;i&gt;droit de propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/i&gt;. Sans nier l'&#233;tat de servitude dans lequel se trouvait la grande majorit&#233; des paysans dans le syst&#232;me f&#233;odal, ces attaques lib&#233;rales contre les propri&#233;t&#233;s collectives et d'usages courants ont massivement d&#233;truit les communaut&#233;s rurales en leur enlevant leurs moyens de (re)production. Le &lt;i&gt;paysan&lt;/i&gt; (travailleur) a &#233;t&#233; priv&#233; des &lt;i&gt; &lt;i&gt;moyens&lt;/i&gt; &lt;/i&gt; (la terre) et de son &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt; (les r&#233;coltes). Il se transforma ainsi en &lt;i&gt;prol&#233;taire&lt;/i&gt;, avec la seule option d'offrir sa force de travail aux d&#233;tenteurs des moyens de production en &#233;change d'un salaire, et ainsi de travailler dans les nouvelles usines situ&#233;es chaque fois plus pr&#232;s des villes. Marx (2010/1867) a soulign&#233; que la g&#233;n&#233;ralisation du rapport salarial et l'industrialisation n'auraient pu avoir lieu sans cette d&#233;possession massive de terres, moment commun&#233;ment consid&#233;r&#233; comme celui de l'&lt;i&gt;accumulation primitive&lt;/i&gt;. Ainsi, la ville industrielle na&#238;t en subordonnant le milieu rural (forme) par la spoliation des terres paysannes et la n&#233;gation de son r&#244;le agricole et d'autosubsistance (fonction) et en s'attaquant aux communaut&#233;s (structure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective historique, il est fort probable que les &#171; communs pr&#233;modernes &#187; que nous recherchions soient les communaux qui caract&#233;risaient les soci&#233;t&#233;s paysannes traditionnelles. C'est ainsi qu'on trouve des traces de droits communs dans l'&#201;gypte antique ou dans l'Empire romain (Bollier, 2014). Des arch&#233;ologues et ethnologues s'accordent m&#234;me &#224; dire que les chasseurs-cueilleurs du Pal&#233;olithique &#233;taient d&#233;j&#224; des communaut&#233;s nomades vivant de la nature, avec laquelle ils formaient une &#171; unit&#233; de subsistance &#187; (Blanquart, 1997). Par cons&#233;quent, ces &lt;i&gt;communs ruraux &lt;/i&gt; semblent &#234;tre aussi vieux que l'humanit&#233; et ce n'est que du XVIIIe au XXe si&#232;cle qu'ils ont subi des attaques de la part d'ordres lib&#233;raux et ont observ&#233; un recul notable. Selon les statuts des propri&#233;t&#233;s, les droits d'usage, l'&#233;volution des forces politiques et d'autres facteurs propres &#224; chaque contexte, la privatisation des terres a pris et prend toujours des rythmes et des formes diff&#233;rentes. Le processus peut m&#234;me &#234;tre r&#233;versible, comme ce fut le cas en Am&#233;rique latine avec des r&#233;formes agraires majeures qui, au d&#233;but du XXe si&#232;cle, restitu&#232;rent des propri&#233;t&#233;s collectives aux peuples autochtones et populations rurales (Dem&#233;las et Vivier, 2003). Ceci explique aussi pourquoi sur ce m&#234;me continent, les communaut&#233;s paysannes et/ou indig&#232;nes, qui souffrent actuellement de multiples formes de d&#233;possession, se mobilisent et mettent le commun et l'autonomie au centre de leurs revendications (Guti&#233;rrez, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous affirmons donc qu'il n'y a pas de &#171; communs pr&#233;modernes &#187;, mais des communs ruraux, dont les expressions varient selon les territoires et les &#233;poques. Et en suivant Lefebvre (1970), si le capitalisme tend inexorablement &#224; urbaniser la plan&#232;te, cela implique que les communs ruraux sont tendanciellement en voie d'extinction, ce qui expliquerait pourquoi dans les pays occidentaux, face &#224; un processus d'industrialisation-urbanisation si avanc&#233;, ils ont d&#233;j&#224; pratiquement disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Urbanisation et d&#233;possession de la fabrique urbaine&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'&lt;i&gt;industrialisation&lt;/i&gt;, elle induit de fait l'&lt;i&gt;urbanisation&lt;/i&gt;. Cette derni&#232;re se caract&#233;rise notamment par le processus d'implosion-explosion (Lefebvre, 1970 : 24-26), soit le mouvement contradictoire de l'accumulation, simultan&#233;ment centrip&#232;te et centrifuge. Le d&#233;veloppement industriel, la croissance incontr&#244;l&#233;e du prol&#233;tariat et son arriv&#233;e d&#233;sordonn&#233;e dans les villes les ont fait grandir jusqu'&#224; &#171; exploser &#187;. Les industriels se sont charg&#233;s de construire des logements en s&#233;rie et &#224; moindre co&#251;t, afin de les louer &#224; leurs propres ouvriers. Les pratiques de sp&#233;culation immobili&#232;re ont ainsi fait leur apparition et l'exploitation, la surpopulation et l'insalubrit&#233; des habitats devinrent les facteurs de nombreuses et violentes protestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de suraccumulation de 1847-1848 en France illustre d'ailleurs &#224; quel point l'&lt;i&gt;industrialisation&lt;/i&gt; stimule l'&lt;i&gt;urbanisation&lt;/i&gt; et comment se pr&#233;figure d&#232;s cette &#233;poque la domination de la seconde sur la premi&#232;re. Harvey (2012b) documente comment les grands travaux urbains (&#233;gouts, monuments, &#233;clairage public, etc.) entrepris &#224; Paris par Haussman ont d'abord &#233;t&#233; des solutions &#224; une crise de suraccumulation du capital. Et si le discours hygi&#233;niste justifiait la perc&#233;e de grandes avenues pour &#171; a&#233;rer &#187; la ville, l'objectif &#233;tait aussi de faciliter la circulation des marchandises et de contr&#244;ler les r&#233;voltes populaires afin de rassurer la bourgeoisie conservatrice. Cependant, la transformation de Paris n'a pas eu l'effet m&#233;canique escompt&#233;. En 1871 a &#233;clat&#233; la &lt;i&gt;Commune de Paris&lt;/i&gt;, &#233;v&#233;nement o&#249; la ville a fait l'objet d'une mise en commun par un sujet collectif de la m&#234;me &#233;chelle : les classes populaires parisiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en &#171; remodelage interne &#187; du fait m&#234;me de la dynamique d'accumulation du capital et des conflits sociaux, l'id&#233;e d'&lt;i&gt;implosion&lt;/i&gt; de la ville n'est donc pas une simple m&#233;taphore. C'est d'ailleurs pr&#233;cis&#233;ment dans ce contexte qu'est n&#233; l'&lt;i&gt;urbanisme&lt;/i&gt;. Bien qu'il ait des origines s&#233;mantiques plus anciennes, il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; au XIXe si&#232;cle en tant que discipline technique pour r&#233;soudre les probl&#232;mes urbains. La planification urbaine s'inspire ainsi de la logique entrepreneuriale. La ville doit &#234;tre organis&#233;e pour la production et g&#233;r&#233;e selon la &lt;i&gt;rationalit&#233; industrielle&lt;/i&gt;. Si la r&#233;solution des probl&#232;mes sociaux urbains peut aussi r&#233;pondre &#224; un certain humanisme, elle cherche avant tout &#224; emp&#234;cher la paralysie de la thermodynamique industrielle (Blanquart, 1997). Justifi&#233; par le d&#233;veloppement scientifique de l'&#233;poque, l'urbanisme a favoris&#233; la formation d'un appareil politique technocratique qui monopolise toujours la fabrique urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est ainsi pass&#233; progressivement de la production industrielle &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; l'espace &#224; la production &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'espace urbain. De la m&#234;me mani&#232;re que le &lt;i&gt;travail abstrait&lt;/i&gt; de Marx est un travail uniforme et quantifiable qui permet de calculer un salaire et de g&#233;n&#233;rer de la plus-value, l'&lt;i&gt;espace abstrait&lt;/i&gt; de Lefebvre (2000/1974) peut &#234;tre d&#233;coup&#233;, compar&#233; et vendu gr&#226;ce &#224; son homog&#233;n&#233;isation pr&#233;alable. C'est aussi l'espace fictif de la publicit&#233; qui vend des lieux &#224; la carte pour s&#233;duire les consommateurs. Ce processus g&#233;n&#232;re une raret&#233; th&#233;orique autour de la centralit&#233; choisie par et pour l'accumulation, s&#233;gr&#233;guant les p&#233;riph&#233;ries. Le capitalisme convertit ainsi l'espace (et non la terre), par l'abstraction, en une &lt;i&gt;force productive&lt;/i&gt;. C'est depuis la Seconde Guerre mondiale que la production de l'urbain est devenue la principale source de profit et une solution toujours &#224; disposition pour investir le surplus de capital lorsqu'aucune opportunit&#233; n'est possible dans d'autres branches (Harvey, 2012a). C'est donc l'accumulation capitaliste qui engendre le ph&#233;nom&#232;ne d'implosion-explosion, expression spatiale de la lutte inachev&#233;e de la bourgeoisie pour conqu&#233;rir les centres et transformer la ville en vue du profit. La &lt;i&gt;r&#233;volution urbaine&lt;/i&gt; de Lefebvre (1970, 193) visait &#224; d&#233;montrer ce changement que le capitalisme a op&#233;r&#233;, de la m&#234;me mani&#232;re qu'il avait auparavant fait sa &lt;i&gt;r&#233;volution industrielle&lt;/i&gt;, chacune ayant radicalement chang&#233; le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette br&#232;ve histoire de l'&#233;volution de la relation rural-urbain et des communs nous a permis de nous rappeler que la ville capitaliste n'est pas naturelle. Elle se construit sur le d&#233;racinement des paysans et la d&#233;possession de la fabrique urbaine, ainsi que sur l'exploitation par le travail salari&#233; qui leur est concomitante. Gr&#226;ce &#224; la triade conceptuelle lefebvrienne, nous avons donc observ&#233; comment les &lt;i&gt;espaces con&#231;us&lt;/i&gt; par la bourgeoisie et la technocratie naissante sp&#233;culaient sur les &lt;i&gt;pratiques spatiales&lt;/i&gt; (per&#231;ues) h&#233;rit&#233;es du monde rural et industriel, niant une infinit&#233; d'&lt;i&gt;espaces v&#233;cus&lt;/i&gt; populaires, successivement ceux des communaut&#233;s paysannes et des travailleurs urbains. En ce sens, pour Linebaugh (2009), l'histoire de la colonisation, de l'esclavage et des attaques perp&#233;tuelles contre les communs doit &#234;tre relue, avec une double intention du capitalisme de cr&#233;er de nouveaux espaces de profit et d'affaiblir les capacit&#233;s d'auto-organisation des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, faisons un bilan d'&#233;tape. L'approche th&#233;orique et historique d&#233;velopp&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent contraste avec la s&#233;paration analytique du commun en trois &#233;l&#233;ments, comme on la retrouve dans beaucoup de travaux sur le sujet : une ressource comprise comme un objet, une &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt; et une pratique de mise en commun ou &lt;i&gt;commoning&lt;/i&gt; (Festa, 2016). Ce constat nous alerte sur le fond id&#233;aliste-lib&#233;ral de ces travaux, nous invitant &#224; rejeter certaines cat&#233;gorisations de biens communs comme celle pr&#233;sent&#233;e par Dellenbaugh et al. (2015) : rural, urbain, informationnel, social et culturel, etc. Tout comme l'espace ne le peut, une ressource (objet) ne d&#233;termine pas l'existence d'une communaut&#233; (sujet). Nous avons montr&#233; que nous ne pouvons avoir des relations &#224; l'espace et aux objets qu'&#224; travers l'&lt;i&gt;activit&#233; sociale&lt;/i&gt;. Ainsi, le social-rural et le social-urbain produisent des cultures et des objets diff&#233;rents. L'&#233;tude des communs urbains comme objets localis&#233;s risque donc de masquer la nature sociale et transhistorique du ph&#233;nom&#232;ne. De m&#234;me, le commun n'est ni priv&#233; ni public, et les travaux d'Ostrom (1990) ont au moins ce m&#233;rite d'avoir montr&#233; comment les communs ruraux ont souffert de l'&#233;largissement de ces deux domaines.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Le commun dans la Zone Critique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Critique de l'&#233;conomie politique urbaine&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La spatialogie (science de l'espace) pr&#233;sent&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent ne visait pas &#224; limiter la recherche &#224; l'&#233;tude de l'espace social en soi, mais plut&#244;t &#224; &#233;laborer une &lt;i&gt;critique de l'&#233;conomie politique de l'espace&lt;/i&gt; (Lefebvre, 2000/1974, 124). Dans un travail rigoureux qui fait dialoguer le travail de Lefebvre avec celui de Marx, Espinosa (2020) montre comment le premier avait l'intention de compl&#233;ter le travail du second gr&#226;ce &#224; l'&lt;i&gt;espace social&lt;/i&gt;, afin de d&#233;m&#234;ler le probl&#232;me de &#171; la reproduction des rapports sociaux de production &#187;. Lefebvre s'est donn&#233; cet objectif en soutenant que Marx avait une analyse ancr&#233;e dans son &#233;poque, qui l'emp&#234;chait d'anticiper les mutations du capitalisme. Cet ancrage aurait donn&#233; lieu &#224; une lecture historiquement situ&#233;e de la th&#233;orie de l'&lt;i&gt;accumulation primitive&lt;/i&gt;. Ainsi, Marx n'aurait pas envisag&#233; comment l'expropriation, en plus de la production de valeur, faisait partie du &lt;i&gt;modus operandi&lt;/i&gt; intemporel du capital pour se reproduire. C'est &#224; partir de cette lecture de Lefebvre qu'Harvey a propos&#233; le suppos&#233; nouveau concept d'&lt;i&gt;accumulation par d&#233;possession&lt;/i&gt; (Ibidem).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat a le m&#233;rite de confirmer l'essence violente du capital par sa pratique expropriatrice, point commun qui relie les &lt;i&gt;enclosures&lt;/i&gt; &#171; classiques &#187; aux &#171; nouvelles &#187; &lt;i&gt;enclosures&lt;/i&gt; urbaines. Mais selon Espinosa (Ibid., 523), si pour Marx la survie du capitalisme s'explique surtout par &#171; la subsomption formelle et r&#233;elle du processus de travail imm&#233;diat par le capital &#187;, l'&lt;i&gt;espace social&lt;/i&gt;, comme r&#233;sultat et outil de reproduction des relations de la production capitaliste, est un concept qui propose en r&#233;alit&#233; de clarifier &#171; la canalisation, la neutralisation et la r&#233;orientation de la temporalit&#233; de la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, le concept de &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; urbaine&lt;/i&gt; (l'urbain) doit &#234;tre reli&#233; &#224; celui de &lt;i&gt;vie quotidienne &lt;/i&gt; (entre autres : Lefebvre, 1961). Jusqu'&#224; pr&#233;sent, on a observ&#233; th&#233;oriquement et diachroniquement comment l'urbain a conditionn&#233; l'industriel. Il est maintenant n&#233;cessaire d'ajouter des outils m&#233;thodologiques pour avoir une vision synchronique. &#192; ce sujet, Lefebvre propose trois niveaux : le niveau &lt;strong&gt;global&lt;/strong&gt; (G) est celui de la logique globale, de l'&#201;tat et des strat&#233;gies politiques ; le niveau &lt;strong&gt;mixte&lt;/strong&gt; (M) est le niveau m&#233;diateur, la ville, l'urbain ; le niveau &lt;i&gt;priv&#233;&lt;/i&gt; (P), est celui de l'habiter, de la vie quotidienne. Dans cette seconde phase critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Subordination de l'industriel par l'urbain. La premi&#232;re phase critique &#233;tant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le &lt;i&gt;global&lt;/i&gt; (G) conditionne l'&lt;i&gt;urbain&lt;/i&gt; (M) et l'urbain conditionne l'&lt;i&gt;habiter&lt;/i&gt; (P). En d'autres termes, les int&#233;r&#234;ts du capital atteignent la vie quotidienne en imposant ses temporalit&#233;s &#224; travers la production de l'urbain (Lefebvre, 1970, 118-136).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Communaut&#233;s urbaines : entre comp&#233;tition et cooptation&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castro-Coma et Mart&#237;-Costa (2016, 134) ont r&#233;alis&#233; des classifications et des typologies de communs en se fondant sur leurs &#233;chelles. Il existe ainsi des ressources urbaines localis&#233;es, li&#233;es &#224; des communaut&#233;s locales ou de &#171; quartier &#187; (niveau P) : jardins et vergers communautaires, march&#233;s de rue, parcs et espaces publics, maisons occup&#233;es, coop&#233;ratives d'habitations, et m&#234;me des &#171; communaut&#233;s ferm&#233;es &#187; ou &lt;i&gt;gated communities&lt;/i&gt;. Certains &#233;quipements sont &#233;galement consid&#233;r&#233;s comme des &#171; communs urbains &#187; dans la mesure o&#249; ils forment les infrastructures de base de la ville (niveau M) : ports et autoroutes, r&#233;seaux de distribution d'eau ou d'&#233;lectricit&#233;, r&#233;seau de collecte et de traitement des d&#233;chets, &#233;cosyst&#232;mes naturels en ville ou syst&#232;mes de r&#233;gulation des sols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eizenberg (2012) montre comment les jardins communautaires peuvent &#234;tre des espaces mat&#233;riels appropri&#233;s par des communaut&#233;s locales qui se politisent par l'&lt;i&gt;habiter&lt;/i&gt;. Cependant, cette r&#233;alit&#233; de niveau P entre en tension avec les niveaux M et G, car elle est aussi un espace de cooptation citoyenne et participe par exemple &#224; la gentrification. Bien que ce processus pr&#233;sente des nuances selon les villes, la dynamique du march&#233; et les diff&#233;rents cadres l&#233;gislatifs des territoires correspondants, il s'inscrit dans une r&#233;alit&#233; globale. Ceci remet en question le fait que des communs tels que l'habitat coop&#233;ratif servent &#224; lutter contre la gentrification, comme le sugg&#232;re Miralles Buil (2018). Si ces initiatives peuvent effectivement r&#233;habiliter la valeur d'usage &#171; en interne &#187;, ces usages peuvent valoriser le territoire et contribuer &#224; augmenter la valeur d'&#233;change des terres et des biens immobiliers &#224; proximit&#233;, valeur qui sera capt&#233;e par le capital immobilier. Pour les m&#234;mes raisons, des initiatives communes inscrites dans une critique de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ont fini par promouvoir des processus de gentrification malgr&#233; leur volont&#233;, comme ce fut le cas des squats de Berlin-Est. Les gouvernements municipaux en sont venus &#224; utiliser ces centres sociaux et les espaces occup&#233;s &#224; caract&#232;re artistique dans le cadre de leurs politiques de r&#233;g&#233;n&#233;ration urbaine (Holm et Kuhn, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les luttes urbaines de ce type peuvent rev&#234;tir un caract&#232;re conservateur par la d&#233;fense de ressources et d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s qu'elles portent. &#192; Paris, des voisins de classe moyenne pr&#233;occup&#233;s par la pr&#233;sence de jeunes Africains dans un parc de leur quartier ont impuls&#233;, &#224; travers leur auto-organisation et en collaboration avec les autorit&#233;s, un processus participatif de r&#233;novation. Les habitants ont progressivement assum&#233; le r&#244;le de l'&#201;tat en d&#233;veloppant une culture de &#171; citoyens vigilants &#187; et de gestion &#171; par le haut &#187; du parc, finissant par restreindre l'acc&#232;s &#224; celui-ci (Newman, 2012). &#192; ce sujet, Garnier et Goldschmidt (1978) avaient d&#233;j&#224; soulign&#233; comment l'institutionnalisation de la devise du droit &#224; la ville et sa r&#233;duction &#224; une demande d'acc&#232;s &#233;taient des instruments de la pacification urbaine aux services des classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus concr&#232;tement, l'analyse de niveau P r&#233;v&#232;le l'infinit&#233; potentielle de communs qui peuvent &#233;merger des usages quotidiens et fournit des informations sur la &#171; consistance &#187; de leurs communaut&#233;s. En effet, tous les habitants et usagers prennent possession, de mani&#232;re transitoire et temporaire, et selon des intensit&#233;s variables, de divers objets et services en ville. Ce processus, concomitant &#224; une subjectivation individuelle et collective, peut conduire &#224; des sentiments d'identit&#233; collective. Ainsi, chaque personne peut potentiellement &#234;tre multicommunautaire et nourrir de tr&#232;s nombreux liens sociaux, de fa&#231;on plus ou moins l&#226;che. Cette id&#233;e permet d'&#233;clairer la fa&#231;on dont les contours des classes sociales ont &#233;t&#233; modifi&#233;s, expliquant que la m&#233;tropole est devenue le lieu de Nouveaux Mouvements Sociaux qui se battent pour des questions de reconnaissance, d'identit&#233; et de consommation (Susser et Tonnelat, 2013). Il faut rappeler ici que cet argument a notamment permis d'acter la fin du mouvement social ouvrier, et par une extension malhonn&#234;te, la fin de la lutte de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour saisir ce processus, il est pertinent d'observer comment l'ancrage spatial et la coh&#233;rence des communaut&#233;s r&#233;elles sont soumis &#224; la production urbaine capitaliste. Prenons l'exemple du tourisme en tant que ph&#233;nom&#232;ne typique de la mondialisation. Diaz-Parra et Jover (2020) exposent comment la &#171; commercialisation-touristification &#187; du centre historique de S&#233;ville par le tourisme l'a rendu &#171; inauthentique &#187;, tant pour les touristes que pour ses habitants. Cependant, les &#171; habitants authentiques &#187; ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;s vers des quartiers &#233;loign&#233;s en raison de la hausse des prix du logement dans le centre-ville. Ils subissent ainsi une ali&#233;nation de lieu (&lt;i&gt;place alienation&lt;/i&gt;) qui se traduit par un sentiment grandissant de s&#233;paration et d'incapacit&#233; &#224; participer &#224; leur(s) communaut&#233;(s) actuelle(s) (famille, amis, quartier, etc.). Il faut donc consid&#233;rer que l'urbain capitaliste d&#233;territorialise et d&#233;structure les groupes sociaux, ce que nous avons caract&#233;ris&#233; comme &#233;tant la &lt;i&gt;dimension spatiale de la subalternisation&lt;/i&gt; (Lariagon, 2018). Ainsi, la production capitaliste de l'espace dilue les classes sociales, mais ne fait pas disparaitre pour autant la probl&#233;matique classiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contre-exemple parfait est celui d'une communaut&#233; territorialis&#233;e qui co&#239;ncide avec une homog&#233;n&#233;it&#233; sociale. Sur ce point, les communaut&#233;s ferm&#233;es (&lt;i&gt;gated communities&lt;/i&gt;) repr&#233;sentent clairement une strat&#233;gie d'enclosure collective pour prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts d'une communaut&#233; : s&#233;curit&#233; et/ou valeur du patrimoine et/ou mode de vie. Le quartier peut &#233;galement &#234;tre conceptualis&#233; en tant que territoire quand il permet une certaine reproduction sociale et r&#233;pond en partie aux besoins domestiques (Castro-Coma et Mart&#237;-Costa, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant que les &#171; communaut&#233;s urbaines &#187; aient des compositions sociales et des int&#233;r&#234;ts divergents, car en tant que regroupement de membres qui reconnaissent un lien entre eux, le concept de communaut&#233; ne se r&#233;f&#232;re pas directement aux relations de classe, car celles-ci sont &#224; la fois internes et/ou trans-communautaire (Gallissot, 1998). Cela explique qu'elles peuvent &#234;tre exclusives ou inclusives, r&#233;gressives ou progressives (Castro-Coma et Mart&#237;-Costa, 2016), faisant de la ville le r&#233;sultat de strat&#233;gies, de repr&#233;sentations, d'appropriations et de pratiques contradictoires, voire antagonistes, qui se d&#233;roulent selon des mod&#232;les culturels, int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques des groupes et positions de classe (Lefebvre, 2000/1973, 53).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce panorama offre une piste d'interpr&#233;tation des observations de Bollier (2014) lorsqu'il relate que de nombreux &lt;i&gt;commoners&lt;/i&gt; ne se soucient pas d'&#233;laborer une th&#233;orie unifi&#233;e du commun. Si cette attitude s'explique par la n&#233;cessit&#233; d'investir toujours davantage d'&#233;nergie dans le travail quotidien, c'est aussi le reflet d'une tendance &#224; concevoir les exp&#233;riences locales comme des &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;s particuli&#232;res&lt;/i&gt; (uniques), soit l'expression m&#234;me de l'ali&#233;nation m&#233;tropolitaine et de l'existence d'int&#233;r&#234;ts divergents. En effet, l'&lt;i&gt;espace abstrait&lt;/i&gt; et ses signes dans l'espace favorisent une lecture du ph&#233;nom&#232;ne urbain &#224; partir des &lt;i&gt;objets&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;communaut&#233;s&lt;/i&gt; particuli&#232;res, dissimulant ainsi la profondeur de l'ab&#238;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;D&#233;possession et ali&#233;nation dans la Metropolis&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition du &lt;i&gt;capitalisme cognitif&lt;/i&gt; suppose que la productivit&#233; des entreprises d&#233;pend de plus en plus des capacit&#233;s de coop&#233;ration, de communication et d'auto-organisation des individus urbains, c'est-&#224;-dire de &#171; l'intelligence sociale &#187; ou du General Intellect, selon les termes de Marx (Negri et Vercellone, 2008). Cette &#171; force productive imm&#233;diate &#187; pr&#233;c&#232;de la valorisation qu'une entreprise peut en faire, car ce sont les facult&#233;s cognitives, linguistiques, affectives et relationnelles des individus (Brancaccio, 2019). Le &lt;i&gt;General Intellect&lt;/i&gt;, comme &#171; attribut du travail vivant des sujets &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction de l'autor.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Virno, 2003, 96) pourrait &#234;tre reli&#233; &#224; l'espace v&#233;cu lefebvrien, puisqu'il s'agit de repr&#233;sentations produites &#224; partir d'une exp&#233;rience quotidienne de l'espace, participant &#224; la production de l'espace urbain, et renouvelant ainsi les propres conditions socio-spatiales du &lt;i&gt;General Intellect&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il resterait &#224; d&#233;battre du caract&#232;re urbain et/ou cognitif du capitalisme contemporain, nous allons pour le moment consid&#233;rer une certaine compatibilit&#233; entre la th&#233;orie lefebvrienne et celle de Hardt et Negri (2009), puisque ces derniers affirment que l'usine de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; remplac&#233;e par la m&#233;tropole de la &lt;i&gt;multitude&lt;/i&gt;. Effectivement, en substance, l'urbain a un effet multiplicateur parce qu'il condense des personnes, des choses, des id&#233;es et des &#233;nergies dont les rencontres, les affrontements et les associations produisent in&#233;vitablement des diff&#233;rences mat&#233;rielles, sociales et culturelles. La philosophie est n&#233;e dans la ville avec la division du travail (Lefebvre, 2009/1968, 27) et des milliers d'ann&#233;es plus tard, de nouveaux usages, fonctions, innovations, continuent &#224; &#171; germer &#187; de plus en plus dans la m&#233;tropole, renfor&#231;ant sa concentration comme son extension, se potentialisant chaque fois davantage comme un &lt;i&gt;champ diff&#233;rentiel&lt;/i&gt; (Lefebvre, 1970, 73-75).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, un parall&#232;le devient possible entre les &#171; nouvelles enclosures &#187; du savoir et de l'espace. D'une part, l'importance croissante des connaissances dans la production favorise les enclosures du savoir socialis&#233;, limitant son acc&#232;s par les barri&#232;res de la propri&#233;t&#233; intellectuelle (Brancaccio, 2019). D'autre part, les diff&#233;rences socioculturelles urbaines sont capt&#233;es et/ou encourag&#233;es par le capital, car le caract&#232;re exceptionnel de chaque identit&#233; &#8211; son particularisme &#8211; contient la raret&#233;, et donc un fort potentiel de valeur ajout&#233;e. Cela r&#233;v&#232;le comment la marchandisation croissante de la culture est li&#233;e &#224; la production marchande d'&lt;i&gt;espaces sociaux typiques&lt;/i&gt;, &#171; lieux consomm&#233;s et de consommation &#187; (Lefebvre, 2000/1974, 145). Ces enclosures, auxquelles il faut ajouter la privatisation des services publics (le salaire socialis&#233;), caract&#233;risent le n&#233;olib&#233;ralisme et mettent en &#233;vidence le poids croissant de la rente dans les strat&#233;gies d'accumulation du capital (Negri et Vercellone, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les politiques urbaines n&#233;olib&#233;rales cherchent &#224; ma&#238;triser l'espace urbain pour s'approprier la &lt;i&gt;valeur d'usage&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;&#233;change&lt;/i&gt;, mais aussi pour r&#233;primer les formes de sociabilit&#233; qui proposeraient d'autres modes de production (Hodkinson, 2012). Au-del&#224; de cette domination socio-&#233;conomique, les travaux de Lefebvre ont spatialis&#233; le processus d'ali&#233;nation. Dans sa pr&#233;tention &#224; l'homog&#233;n&#233;isation, l'urbain fragmente, non seulement en polarisant et s&#233;gr&#233;guant, mais aussi en produisant d'&#171; agr&#233;ables cocons &#187;, propices aux replis identitaires d&#233;j&#224; nourris par le relativisme contemporain. Le contexte de notre exp&#233;rience et de notre subjectivation est donc ce produit spatial qui contient les signes de la marchandise et du pouvoir. Les codes sociaux impos&#233;s par les classes dirigeantes s'y s&#233;dimentent et appauvrissent la vie quotidienne. Combin&#233; aux rythmes intenses de la vie urbaine, la cr&#233;ativit&#233; se retrouve limit&#233;e et orient&#233;e vers la consommation (Lefebvre, 1961). Par cons&#233;quent, l'&lt;i&gt;espace abstrait&lt;/i&gt; du capital est &#233;galement &lt;i&gt;instrumental &lt;/i&gt; (Lefebvre, 2000/1974, 323-335). Selon Bolivar Echeverr&#237;a (2006), c'est pr&#233;cis&#233;ment cette compr&#233;hension de l'&lt;i&gt;ali&#233;nation&lt;/i&gt; en restructuration perp&#233;tuelle qui fait la grandeur de l'&#339;uvre de Lefebvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la rationalit&#233; industrielle a r&#233;duit la probl&#233;matique urbaine au probl&#232;me du logement, l'&lt;i&gt;habiter &lt;/i&gt; &#224; l'&lt;i&gt;habitat &lt;/i&gt; (Lefebvre, 1970, 109-115). La rue, historiquement lieu de rencontre et d'&#233;change, est aujourd'hui r&#233;duite &#224; la circulation. Les besoins ont &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; des choses-localisations dans l'espace et le vivre ensemble est ni&#233; en tant que &#171; commun de base &#187;. Face &#224; l'urbain fragment&#233; d'une soci&#233;t&#233; en d&#233;composition, les urbanistes tentent de le suturer avec des transports, des infrastructures, des espaces publics, et de plus en plus souvent avec un discours sur l'espace. Le marketing urbain glorifie la m&#233;tropole avec ses quartiers bucoliques, son patrimoine historique, ses espaces verts, sa culture cosmopolite&#8230; mais elle demeure une &#171; urbanisation sans urbanit&#233; &#187; (Garnier, 2014). La M&#233;tropolis d'aujourd'hui est cette &lt;i&gt;Zone Critique&lt;/i&gt; anticip&#233;e par Lefebvre il y a 50 ans, un espace qui, en plus de guider les nouvelles dynamiques d'accumulations, d&#233;veloppe un fort potentiel ali&#233;nant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Droit &#224; la ville et forces mat&#233;rielles urbaines &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;De l'objet commun au sujet communisateur&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ses apports incontestables, il convient d'insister sur le fait que les analyses d'Ostrom suivent une filiation lib&#233;rale. Elles portent sur les arrangements locaux, un &#171; micro-institutionnalisme &#187; qui minimise l'importance de l'environnement public-&#233;tatique. En r&#233;duisant le r&#244;le des institutions &#233;conomiques (march&#233;, entreprises, etc.), elle sous-estime comment la r&#233;partition des richesses dans le capitalisme influence la logique du pouvoir, au sein et entre les institutions (Weinstein, 2013). Dit en termes lefebvriens, c'est comme si le &lt;i&gt;con&#231;u&lt;/i&gt; ne dialoguerait qu'avec le &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; (dans le champ des id&#233;es), ignorant le &lt;i&gt;per&#231;u&lt;/i&gt; (r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle et socio-&#233;conomique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, l'&#233;conomie institutionnelle d'Ostrom soutient le discours h&#233;g&#233;monique de la gouvernance. Si ce dernier pr&#233;tend &#233;tablir une citoyennet&#233; mondiale, il nie, par son f&#233;tichisme de l'abstraction, l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des acteurs et des rapports de forces entre eux, notamment l'important contr&#244;le que la finance exerce sur la soci&#233;t&#233;. &#192; cet &#233;gard, les diff&#233;rents niveaux de gouvernement, y compris les collectivit&#233;s locales, doivent &#234;tre compris comme diff&#233;rentes versions et relais de cette politique globale (Pouch, 2005). En ce sens, elles sont semblables &#224; la d&#233;finition de &lt;i&gt;communaut&#233;s mythifi&#233;es&lt;/i&gt; de Gallissot (1998), en ce qu'ils pr&#233;supposent une identit&#233; transcendantale, d&#233;j&#224;-l&#224; et qui s'expliquerait par elle-m&#234;me, comme les sectes ou les religions. A contrario des communaut&#233;s construites &#224; partir d'une pratique commune, celles-ci le sont depuis un pouvoir surplombant qui efface les diff&#233;rences sociales en homog&#233;n&#233;isant leur espace, tout comme l'&#201;tat qui fonde son pouvoir en construisant un territoire national pour justifier la l&#233;gitimit&#233; de son existence &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; (Lefebvre 2000/1974, 324).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; l'approche r&#233;ifiante d'Ostrom et &#224; la gouvernance h&#233;g&#233;monique, les approches n&#233;o-marxistes ou postop&#233;raistes pr&#233;sentent le commun comme un &lt;i&gt;mode de production&lt;/i&gt; bas&#233; sur le &lt;i&gt;commoning&lt;/i&gt; (Negri et Hardt, 2009 ; Harvey 2012a). Giuliani et Vercellone (2019) le pr&#233;sentent comme un mode de production &#233;mergeant au sein du capitalisme, et qui aurait le potentiel de devenir dominant face &#224; la logique &#233;tatique et &#224; l'&#233;conomie de march&#233;. Contrairement &#224; Harvey (2012a), ces auteurs consid&#232;rent que le commun n'est pas seulement une r&#233;action d&#233;fensive aux nouvelles enclosures, mais un v&#233;ritable mouvement offensif qui pose les bases d'une autre organisation socio-&#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces auteurs proposent d'&#233;largir la logique de coop&#233;ration sociale en la soutenant par la cr&#233;ation d'un &#171; revenu garanti inconditionnel &#187;, qui serait fond&#233; sur la reconnaissance productive du &lt;i&gt;General Intellect&lt;/i&gt; (Negri et Vercellone, 2008), permettant ainsi de lib&#233;rer du temps pour multiplier les activit&#233;s dans la ville (Brancaccio, 2019). On peut se demander si ces propositions r&#233;formistes sont inspir&#233;es par la pr&#233;&#233;minence de l'institutionnalisme dans ces d&#233;bats et/ou par la tendance croissante &#224; d&#233;pr&#233;cier l'approche classiste. Cela expliquerait leur formulation d'un &#171; commun inclusif &#187; (certainement trans-classe) tr&#232;s politiquement correct par rapport &#224; un &#171; communisme revanchard &#187; contre la bourgeoisie. De son c&#244;t&#233;, &#224; partir du m&#234;me corpus th&#233;orique, mais en restant dans la lign&#233;e de l'autonomisme, Virno (2003, 89-116) reconstruit au contraire une politique radicale et appelle &#224; un &lt;i&gt;Exode&lt;/i&gt;. Il ne d&#233;fend pas une fuite existentielle aux marges du d&#233;sastre, mais appelle &#224; la d&#233;fection de l'&#201;tat pour construire une &lt;i&gt;sph&#232;re publique non &#233;tatique via une action politique visant la r&#233;appropriation de l'intellectualit&#233; de masse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefebvre ayant assum&#233; l'horizon communiste et une critique radicale de l'&#201;tat tout au long de sa vie, son &lt;i&gt;droit &#224; la ville&lt;/i&gt; (2009/1968) est probablement plus proche de la deuxi&#232;me proposition, mais pourrait rester utile &#224; la premi&#232;re, par la construction d'un rapport de force favorable &#224; l'obtention de changements dans les structures juridiques. Alors qui, et comment, au milieu de la m&#233;tropole ali&#233;nante, peut entreprendre cette strat&#233;gie ? Seraient-ce les communaut&#233;s urbaines ? Oui et non. Consid&#233;rant qu'une communaut&#233; est une formation anthropologique qui se maintient malgr&#233; les changements de modes de production, et qu'elle n'est pas une &lt;i&gt;force productive &lt;/i&gt; (une formation pour produire) (Lefebvre, 2000/1970, 28-34), il faut &#233;carter son essence r&#233;volutionnaire. Et comme nous l'avons vu, certaines d&#233;fendent m&#234;me leurs int&#233;r&#234;ts particuliers, tandis que d'autres participent &#224; la reproduction de la structure de domination. Par cons&#233;quent, les communaut&#233;s urbaines peuvent, mais n'incarnent pas n&#233;cessairement, le sujet r&#233;volutionnaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#171; Seuls les groupes, classes ou fractions de classes sociales capables d'initiatives r&#233;volutionnaires peuvent prendre en charge et mener jusqu'&#224; plein accomplissement les solutions aux probl&#232;mes urbains ; de ces forces sociales et politiques, la ville r&#233;nov&#233;e deviendra &#339;uvre &#187; &#187; (Lefebvre, 2009/1968, 103).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le d&#233;fi urbain d'une subjectivation de classe des domin&#233;s &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Lefebvre &#171; pour changer la vie, il faut changer l'espace &#187; (2000/1974, 220). En dehors de tout dualisme, changer l'espace (social) signifie le produire avec d'autres rapports sociaux. Le&lt;i&gt; droit &#224; la ville&lt;/i&gt; vise cet objectif. Si le terme &#171; droit &#187; rappelle le champ juridique et explique probablement des r&#233;appropriations l&#233;galistes, il ne s'agit pourtant pas d'une simple demande d'acc&#232;s ou de retour &#224; une ville traditionnelle : &#171; il ne peut &#234;tre formul&#233; que comme un droit &#224; la vie urbaine, transform&#233;e, renouvel&#233;e &#187; (Lefebvre, 2009/1968, 108).&lt;br class='autobr' /&gt;
Maringanti (2011) expose comment &#224; Hyderabad en Inde, il existe deux formes d'acc&#232;s &#224; la vie urbaine associ&#233;es au droit &#224; la ville : la &#171; croissance inclusive &#187; soutenue par l'&#201;tat et &#171; l'urbanisme insurg&#233; &#187; comme moyen alternatif de s'approprier et de construire la ville. Cependant, ces deux initiatives de grande ampleur n'ont pas r&#233;ussi &#224; contrer les graves probl&#232;mes de pollution des plans d'eau de la r&#233;gion urbaine, car leurs r&#233;alit&#233;s d&#233;passent les juridictions et les r&#233;gimes de propri&#233;t&#233;. L'auteur d&#233;fend donc une conception globale du droit &#224; la ville qui devrait s'&#233;laborer avec un &lt;i&gt;droit aux biens communs&lt;/i&gt;, ici compris comme les ressources naturelles n&#233;cessaires &#224; la vie. En ce sens, le droit &#224; la ville ne peut donc se limiter &#224; une &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; revendiqu&#233;e sans remettre en cause la &lt;i&gt;structure&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;fonction&lt;/i&gt; de la ville capitaliste. Et si le &lt;i&gt;droit &#224; la ville&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; de diverses mani&#232;res, Lefebvre avait n&#233;anmoins propos&#233; deux orientations strat&#233;giques qui &#233;clairent sur son contenu original (2009/1968, 104) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; a) Un programme politique de r&#233;-forme urbaine : il ne se r&#233;duit pas au r&#233;formisme, mais &#224; un changement radical de la forme urbaine selon d'autres besoins structurels et fonctionnels. &lt;br class='autobr' /&gt; b) L'&#233;laboration de projets urbains avanc&#233;s : ils seront invent&#233;s et propos&#233;s &#224; la pratique. Il s'agit d'investir l'imagination dans l'appropriation du temps et de l'espace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition a) implique d'avoir le pouvoir (la capacit&#233;) d'entreprendre des changements au niveau M, ce qui implique n&#233;cessairement une confrontation avec le niveau G. Elle confirme des aspirations r&#233;volutionnaires puisqu'elle implique de surmonter le culte de l'&#233;conomie et de la croissance pour entreprendre une (auto)planification inspir&#233;e des besoins sociaux &#233;mergents. Il s'agit d'un projet autogestionnaire (mode d'organisation) qui a une orientation pr&#233;cise, celui du d&#233;passement de la domination capitaliste. Quant &#224; la proposition b), elle est plus accessible et concomitante &#224; la valorisation de l'usage. L'&lt;i&gt;appropriation&lt;/i&gt; (faire propre &#224; soi), toujours en conflit avec la &#171; propri&#233;t&#233; &#187;, doit se d&#233;ployer et s'orienter vers un &lt;i&gt;usage politique de l'espace&lt;/i&gt;, une pratique qui sera r&#233;v&#233;latrice de ressources, de situations spatiales et de strat&#233;gies (Lefebvre, 2000/1974, 411-412).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En observant comment les discours sur la ville globale appellent &#224; une &#171; int&#233;gration &#187; incoh&#233;rente avec un espace qui atomise le social, il est essentiel de combiner &lt;i&gt;le droit &#224; la ville&lt;/i&gt; avec &lt;i&gt;le droit &#224; la diff&#233;rence&lt;/i&gt; (Kipfer, 2019). En effet, il faut surmonter les nombreux pi&#232;ges de la m&#233;tropole et de l'id&#233;ologie moderniste. On peut au moins lister trois variantes du m&#234;me probl&#232;me, toutes li&#233;s &#224; l'habitude cart&#233;sienne de sur&#233;valuation du pouvoir des id&#233;es et des id&#233;ologies, expression de l'h&#233;g&#233;monie de la philosophie (lib&#233;rale) dans la structuration de notre rapport au monde : le &#171; retour &#187; &#224; la campagne ou le &#171; rupturisme &#187; autonomiste qui favorisent l'illusion d'une fuite ; l'&lt;i&gt;essentialisation&lt;/i&gt; d'une situation qui conduit &#224; l'isolement et &#224; la n&#233;gation de la totalit&#233; ; la &lt;i&gt;sacralisation&lt;/i&gt; des id&#233;ologies qui cimente les ghettos militants. Les diff&#233;rences, assimil&#233;es &#224; des particularit&#233;s, sont &#233;rig&#233;es comme des barri&#232;res id&#233;ologico-identitaires qui distinguent et s&#233;parent, emp&#234;chant la coop&#233;ration. Pourtant, ces pratiques peuvent &#234;tre le chemin de la reconnaissance mutuelle de diff&#233;rentes subjectivit&#233;s populaires partageant des exp&#233;riences similaires de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Lefebvre (2020/1970) a vu un potentiel subversif dans le &lt;i&gt;diff&#233;rentialisme&lt;/i&gt;, il ne peut constituer un programme politique. Il s'agit plut&#244;t de reconna&#238;tre que la diff&#233;rence est d&#233;j&#224; l&#224; et qu'elle est, si non le point de d&#233;part de l'exp&#233;rience urbaine, au moins l'une de ses caract&#233;ristiques saillantes. Par cons&#233;quent, les sujets porteurs du &lt;i&gt;droit &#224; la ville&lt;/i&gt; doivent appr&#233;hender la diff&#233;rence pour que celui-ci soit socialement inclusif. C'est ainsi qu'il pourrait-&#234;tre compris comme un &lt;i&gt;droit coutumier&lt;/i&gt;, produit par une habitude collective, &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; oppos&#233; au &lt;i&gt;droit lib&#233;ral&lt;/i&gt;, &#233;tabli &#224; partir d'un principe th&#233;orique et g&#233;n&#233;rique de l'homme et s'appliquant &#224; tous &lt;i&gt;sans faire de diff&#233;rence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation impliquerait de construire des r&#233;seaux de groupes, de voisins, d'organisations, de syndicats, etc., pour tisser un habiter de plus en plus dense et &#233;tendu. Sur la base de l'observation des r&#233;seaux de collectifs de lutte et d'organisations populaires &#224; Mexico, Navarro (2016) illustre comment les groupes se sont politis&#233;s &#224; travers les liens d'interd&#233;pendance qu'ils ont cr&#233;&#233;s entre eux. Ils reconnaissent des probl&#232;mes communs et d&#233;cident comment diriger leurs &#233;nergies vitales pour prendre soin d'eux-m&#234;mes et satisfaire des besoins partag&#233;s. &#192; Barcelone, les membres de la coop&#233;rative d'habitation La Borda se connectent &#224; d'autres projets (parcs, potagers, centres sociaux occup&#233;s, etc.) pour d&#233;velopper des pratiques communautaires &#224; l'&#233;chelle de la ville (Miralles Buil, 2018). Cr&#233;er des espaces pour que diff&#233;rents groupes se rencontrent et &#233;changent sur des probl&#232;mes similaires (logement, transport, acc&#232;s aux services, etc.) peut participer &#224; forger une conscience de classe &#224; travers la reconnaissance d'une m&#234;me condition d'exploitation (Morange et Spire, 2017). Dans une perspective similaire, Virno (2003) propose de r&#233;utiliser la figure du soviet comme une organisation d&#233;centralis&#233;e qui permet la convergence des diff&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, face aux mutations du rapport capital/travail et &#224; l'affaiblissement et/ou au discr&#233;dit croissant des syndicats professionnels, il devient n&#233;cessaire de constituer des &lt;i&gt;forces mat&#233;rielles&lt;/i&gt; correspondantes aux d&#233;fis de l'&#232;re post-fordiste, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;urbaines&lt;/i&gt;. Il s'agit de construire de vastes r&#233;seaux solidaires (coh&#233;rents) de groupes qui reconnaissent des ennemis communs : le capitalisme et l'&#201;tat. Ces forces mat&#233;rielles pourront autant chercher &#224; produire des conjonctures conflictuelles qu'&#224; trouver leur utilit&#233; dans d'autres situations, pariant ainsi sur un saut qualitatif dans l'optique de &lt;i&gt;socialiser la ville&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;De la n&#233;cessit&#233; de se territorialiser aux communs de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Susser et Tonnelat (2013), la formulation originale de Marx concernant l'&#233;mergence de la conscience ouvri&#232;re dans l'usine est d&#233;j&#224; un concept spatial. En effet, la formation d'un sujet politique est concomitante &#224; sa spatialisation. Son &lt;i&gt;autonomisation politique&lt;/i&gt; (&#233;mancipation) passe par sa &lt;i&gt;territorialisation&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire par une ma&#238;trise croissante de l'espace n&#233;cessaire &#224; son existence, permettant de garantir la reproduction des rapports sociaux qui le constituent et le rendent diff&#233;rent (Lariagon, 2018). &#192; ce titre, la tradition anarchiste a &#233;t&#233; porteuse de strat&#233;gies de ce type pour conqu&#233;rir la vie quotidienne, cherchant &#224; tisser des relations sociales bas&#233;es sur la diff&#233;renciation et le d&#233;veloppement de l'entraide, ainsi que par la mise en &#339;uvre de politiques pr&#233;-figuratives via la formation d'espaces ou de &lt;i&gt;zones autonomes&lt;/i&gt; (Ince, 2012). Pour autant, ces initiatives autonomes ne doivent pas &#234;tre f&#233;tichis&#233;es, mais &lt;i&gt;dialectis&#233;es &lt;/i&gt; avec leur environnement et toujours chercher &#224; s'&#233;tendre socialement &#224; travers leur territorialisation. La praxis sociale doit donc &#234;tre orient&#233;e vers la conqu&#234;te et la production d'espaces urbains qui constitueront des &lt;i&gt;moyens de production&lt;/i&gt; permettant d'autres temps sociaux. Rien ne sert non plus de f&#233;tichiser les tactiques. Sans abandonner aucun type d'initiative subversive, la voie l&#233;gale ne doit pas &#234;tre interdite (au pr&#233;texte de son impuret&#233;) si elle peut servir &#224; stabiliser certains projets. Cependant, il faut chercher &#224; &#233;viter la cooptation par les pouvoirs officiels ou son absorption par le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;fi organisationnel &#171; horizontal &#187; se croise avec un autre d&#233;fi, cette fois &#171; vertical &#187;. En effet, le d&#233;fi de l'autogestion r&#233;side dans la relation dialectique entre la reproduction de la vie quotidienne et les objectifs de transformation sociale (Ram&#237;rez, 2013). La situation est particuli&#232;rement difficile en milieu urbain, car les sujets sont quotidiennement en contact avec l'&#201;tat et le march&#233;. Se pose alors la question des besoins essentiels et des ressources &#224; partager. Susser et Tonnelat (2013) proposent trois cat&#233;gories de communs urbains prioritaires pour couvrir les besoins sociaux actuels : d'abord le travail, la consommation et les services publics ; ensuite les espaces publics et les m&#233;dias ; et enfin l'art. Selon eux, les espaces publics et l'art sont n&#233;cessaires pour c&#233;l&#233;brer les diff&#233;rences et exercer une d&#233;mocratie radicale. Les services publics, aujourd'hui sous la coupe de l'&#201;tat, sont donc des &lt;i&gt;biens communs potentiels&lt;/i&gt;. Les nombreux mouvements sociaux qui ont travers&#233; les pays d&#233;velopp&#233;s au cours des derni&#232;res d&#233;cennies r&#233;v&#232;lent leur caract&#232;re strat&#233;gique pour la reproduction de la vie et sp&#233;cifiquement pour les classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, une piste s&#233;rieuse est celle de la &lt;i&gt;Production Sociale de l'Habitat&lt;/i&gt; (PSH) qui, selon la d&#233;finition de la Coalition Internationale/Habitat (1995), est un &#171; processus et produit r&#233;sultant de l'effort collectif des gens pour construire leur propre habitat &#187;. S'il est plus exact de parler de production &lt;i&gt;socialis&#233;e&lt;/i&gt;, la PSH vise &#224; d&#233;passer la &#171; simple &#187; autoconstruction du logement en promouvant des dynamiques d'autogestion de toute la production, depuis la conception jusqu'&#224; la transmission de la propri&#233;t&#233; collective. Cette piste de mutualisation concr&#232;te participe &#224; la cr&#233;ation d'une vie sociale autour d'une pratique, couvrant au passage un besoin fondamental. La PSH recouvre ainsi des initiatives inspirantes par lesquelles les habitants se reterritorialisent en recr&#233;ant un habiter qui met l'usage au centre de l'organisation sociale (Miralles Buil, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la volont&#233; principale est de s'&#233;manciper de la valeur d'&#233;change, ces initiatives rencontrent n&#233;anmoins des difficult&#233;s et peuvent devenir d'autres variantes du march&#233; immobilier (Rodr&#237;guez &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 2013). Cependant, Di Virgilio et Rodr&#237;guez (2013) insistent sur le fait que, compte tenu des asym&#233;tries de pouvoir existantes, la PSH n'entend pas se limiter &#224; l'objet habitat, mais plut&#244;t &#224; d&#233;velopper les capacit&#233;s des secteurs populaires &#224; transformer leurs conditions de vie et &#224; renforcer leur souverainet&#233; locale. Ils illustrent comment, dans certains contextes, cette strat&#233;gie a permis l'&#233;mergence de mouvements de masse &#224; forte identit&#233; sociopolitique, comme c'est le cas de la F&#233;d&#233;ration uruguayenne de coop&#233;ratives de logements et d'entraide (FUCVAM&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Federaci&#243;n Uruguaya de Cooperativas de Vivienda y de Apoyo Mutuo (FUCVAM).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) d'inspiration communiste libertaire, qui a f&#234;t&#233; ses 50 ans en 2020.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme on a pu le constater, les philosophies id&#233;alistes et mat&#233;rialistes ont nourri des compr&#233;hensions divergentes du monde, de l'espace et des communs. Si des nuances et des discussions, &#224; la fois analytiques et politiques, se sont d&#233;velopp&#233;es entre les deux positions &#233;pist&#233;mologiques, la th&#233;orie lefebvrienne de la production de l'espace (1974) fournit des arguments d&#233;cisifs pour prendre parti. En effet, nous avons observ&#233; comment la subordination du rural par l'urbain n'est pas un processus naturel, mais caract&#233;rise le d&#233;ploiement spatial du capitalisme. Parall&#232;lement, l'h&#233;g&#233;monie progressive de la pens&#233;e cart&#233;sienne et lib&#233;rale, en s&#233;parant sujet et objet, soci&#233;t&#233; et nature, &#233;conomie et politique, a permis l'affirmation et la consolidation de l'&lt;i&gt;id&#233;ologie bourgeoise&lt;/i&gt;, et ainsi de justifier les attaques incessantes contre le travail et les choses communes, conscientisant et assumant un mode de production fond&#233;e sur une permanente &lt;i&gt;accumulation par d&#233;possession&lt;/i&gt;. Quant &#224; la nouvelle &#233;conomie institutionnelle promue par Ostrom (1990), elle s'inscrit toujours dans cette tradition philosophique et politique. Elle reproduit une conception &lt;i&gt;r&#233;ifi&#233;e&lt;/i&gt; et non relationnelle des objets. La qualification de ces derniers par l'adjectif &#171; communs &#187; r&#233;v&#232;le une logique d'instrumentalisation par ceux qui ont le pouvoir de l'attribuer. Par cons&#233;quent, cela se traduit politiquement par la flexibilisation des sch&#233;mas de gouvernance pour favoriser l'int&#233;gration politique &lt;i&gt;formelle&lt;/i&gt; de ces objets, alors que l'&#233;conomie mondiale, m&#233;tropolitaine et urbanisatrice, continue de d&#233;sint&#233;grer le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En observant comment le capitalisme s'est empar&#233; du processus de production de l'espace (repr&#233;sentations et processus de production) pour garantir sa propre reproduction, Lefebvre (1968) a &#233;labor&#233; le &lt;i&gt;Droit &#224; la ville&lt;/i&gt; pour spatialiser la (r&#233;)appropriation de la vie quotidienne urbaine. Son travail appelle &#224; &lt;i&gt;la socialisation de l'espace&lt;/i&gt; urbain pour en faire un moyen de production des classes domin&#233;es. Il ne s'agit pas seulement de &lt;i&gt;changer la forme&lt;/i&gt;, mais aussi la &lt;i&gt;structure&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;fonction&lt;/i&gt; de l'urbain pour lui restituer sa valeur d'usage, son utilit&#233; sociale. C'est ainsi que se r&#233;v&#232;le l'importance du travail de Lefebvre pour forger cette conception sociale et relationnelle de l'espace. Une &lt;i&gt;connaissance &lt;/i&gt; qui, contrairement &#224; la conception lib&#233;rale, ne s'&#233;rige pas en un savoir s&#233;par&#233; du &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;per&#231;u&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons aussi montr&#233; comment la communaut&#233; n'est pas un sujet r&#233;volutionnaire en soi. C'est peut-&#234;tre pour cette m&#234;me raison que Lefebvre n'a jamais utilis&#233; la notion de &#171; commun &#187;. Aborder l'analyse &#224; partir de l'objet commun ou des communaut&#233;s urbaines, non seulement dissimule la dimension classiste du probl&#232;me, mais pose &#233;galement la fragmentation comme &lt;i&gt;essence urbaine&lt;/i&gt;. Dans un sens contraire et processuel, cette soci&#233;t&#233; urbaine est notre point de d&#233;part et seule une &lt;i&gt;mobilisation transcommunautaire des classes subalternes&lt;/i&gt; urbaines peut entreprendre la r&#233;volution sociale. Pour cette raison, il est essentiel de passer d'une &#171; multitude d'identit&#233;s &#233;gocentriques &#187; &#224; une &lt;i&gt;multitude solidaire&lt;/i&gt; fond&#233;e sur la reconnaissance simultan&#233;e des diff&#233;rences et de la condition commune d'exploitation capitaliste. C'est d'ailleurs avec cette intention, comme attention au pr&#233;sent m&#233;tropolitain, que nous avons accept&#233; de r&#233;diger la pr&#233;face de la r&#233;&#233;dition du &lt;i&gt;Manifeste diff&#233;rentialiste&lt;/i&gt; (2020/1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin du &#171; socialisme r&#233;el &#187; et de l'autoritarisme d'&#201;tat, le &lt;i&gt;communisme&lt;/i&gt; de Lefebvre parie sur la reconqu&#234;te de la vie quotidienne par le bas, par l'autonomie. Il vise une reterritorialisation durable oppos&#233;e &#224; l'&#233;ph&#233;m&#232;re postmoderniste, &#224; se constituer comme &lt;i&gt;force mat&#233;rielle urbaine&lt;/i&gt; par la communisation des moyens de production pour la reproduction de la vie humaine. Par cons&#233;quent, rejeter l'id&#233;alisme lib&#233;ral et promouvoir l'usage politique de la ville doit passer par le d&#233;veloppement de pratiques concr&#232;tes, et non par des messages abstraits de &#171; justice sociale &#187; si ch&#232;re &#224; de nombreux universitaires et politiciens. R&#233;affirmer ici une critique radicale du lib&#233;ralisme vise avant tout &#224; &#233;viter &#224; la praxis d'idol&#226;trer les id&#233;es. Nous esp&#233;rons donc que cet article servira au moins &#224; convaincre quelques lecteurs de prendre au s&#233;rieux, si ce n'est de reprendre en main, le projet &lt;i&gt;m&#233;taphilosophique&lt;/i&gt; d'Henri Lefebvre, c'est-&#224;-dire celui de la &#171; liquidation de la m&#233;taphysique occidentale &#187; (Lefebvre 2000/1974, 468).&lt;/p&gt;
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Buenos Aires : Caf&#233; de las Ciudades. pp. 79-90.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Rodr&#237;guez, Carlos, Martha Boh&#243;rquez y C&#233;sar Ubaque. 2013. Modelo de producci&#243;n social de h&#225;bitat frente al modelo de mercado en la construcci&#243;n de vivienda de inter&#233;s social. Tecnura, 17(38), 37-52.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Schmid, Christian. 2008. Henri Lefebvre's theory or the production of space : Towards a three dimentional dialect. Difference, Everyday Life : Reading Henri Lefebvre. Londres : Routledge. pp. 27-45.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Soja, Edward. 1999. Thirdspace : expanding the scope of the geografical imagination. En, Doreen Massey et al. (eds.), Human Geography Today. Londres : Politi Press. pp. 260-278.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Susser, Ida y St&#233;phane Tonnelat. 2013. Transformative cities : The three urban commons. Focaal 66 : 105-121.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Virno, Paolo. 2003. Virtuosismo y revoluci&#243;n : la acci&#243;n pol&#237;tica en la era del desencanto. Madrid : Traficantes de sue&#241;os.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Weinstein, Olivier. 2013. Comment comprendre les &#171; communs &#187; : Elinor Ostrom, la propri&#233;t&#233; et la nouvelle &#233;conomie institutionnelle. Revue de la r&#233;gulation 14. Doi : 10.4000/regulation.10452&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction au fran&#231;ais de : Lariagon, R. 2020. &#171; Los &#8220;Comunes Urbanos&#8221; Frente a la Teor&#237;a del Espacio Social de Henri Lefebvre &#187;, ACME, An International journal of critical geographies, Vol 19, n&#176;3, Special Issue : &#034;Producci&#243;n Social del H&#225;bitat y Comunes Urbanos&#034;, pp. 610-627. En ligne : &lt;a href=&#034;https://acme-journal.org/index.php/acme/issue/view/120&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://acme-journal.org/index.php/acme/issue/view/120&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour &#233;viter toute confusion, il aurait &#233;t&#233; pr&#233;f&#233;rable de dire ici que l'espace existe objectivement, qu'il est la Nature et qu'il est infini. En revanche, la locution &#034;en soi&#034; renvoie au statut ontologique de l'objet en question. Si l'espace existait en soi, cela signifierait qu'il a une existence autonome par rapport au reste de la r&#233;alit&#233;, qu'il s'expliquerait par lui-m&#234;me et que l'on pourrait d&#233;couvrir les lois qui le r&#233;gissent. Cette position illustre justement le f&#233;tichisme de l'espace que Lefebvre d&#233;nonce et qui trouve son origine dans la pens&#233;e dichotomique cart&#233;sienne. Or, &#233;tant donn&#233; que tout sujet ne &#171; s'extrait de la nature &#187; que pour interroger et &#233;tablir la spatialit&#233; de certains ph&#233;nom&#232;nes, et que les objets s'expliquent par les relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres, l'espace est bien un concept relationnel, il n'existe donc pas &#171; en soi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une d&#233;finition de la th&#233;orie des moments et une introduction &#224; la &#171; situation &#187; situationniste, voir Hess (1988, 211-219).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Subordination de l'industriel par l'urbain. La premi&#232;re phase critique &#233;tant celle de la subordination du rural par l'industriel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction de l'autor.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Federaci&#243;n Uruguaya de Cooperativas de Vivienda y de Apoyo Mutuo (FUCVAM).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Urbanisme et ordre</title>
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		<dc:creator>Miguel Amoros</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; L'urbanisme id&#233;al est la projection dans l'espace de la hi&#233;rarchie sociale sans conflit. &#187; Commentaires contre l'urbanisme, Internationale situationniste, n&#176; 6 &lt;br class='autobr' /&gt; L'urbanisme est l'ensemble des techniques qui ont pour objet la transformation des villes en centres d'accumulation de capital. Il rend possible la possession par le capitalisme de l'espace social, qui se recompose d'apr&#232;s les normes que dicte sa domination. Conform&#233;ment &#224; ce point de vue, l'urbanisme est simple destruction (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://terreaterre.eu/local/cache-vignettes/L118xH150/583ff2e5955b8f4b88a6b4369406ee17-1ae64.jpg?1774278227' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'urbanisme id&#233;al est la projection dans l'espace de la hi&#233;rarchie sociale sans conflit. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Commentaires contre l'urbanisme, Internationale situationniste, n&#176; 6&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'urbanisme est l'ensemble des techniques qui ont pour objet la transformation des villes en centres d'accumulation de capital. Il rend possible la possession par le capitalisme de l'espace social, qui se recompose d'apr&#232;s les normes que dicte sa domination. Conform&#233;ment &#224; ce point de vue, l'urbanisme est simple destruction accumul&#233;e de sociabilit&#233;. En nous en tenant &#224; la situation espagnole, nous diviserons le ph&#233;nom&#232;ne de l'urbanisation en trois p&#233;riodes selon le degr&#233; atteint par la destruction du milieu urbain : celle de l'urbanisme bourgeois (1830-1950), celle de l'urbanisme &#224; outrance (1950-1985) et celle de l'urbanisme totalitaire (&#224; partir des ann&#233;es quatre-vingt). Dans les deux premi&#232;res, l'urbanisme, en tant que technique de la s&#233;paration, devait promouvoir l'atomisation et la dispersion des travailleurs que le syst&#232;me productif obligeait &#224; r&#233;unir. La troisi&#232;me p&#233;riode part de l'isolement g&#233;n&#233;ral de la population, favoris&#233; par la disparition du syst&#232;me manufacturier et la g&#233;n&#233;ralisation d'un mode de vie consum&#233;riste. L'automatisme de la machine pr&#233;vaut sur les autres facteurs et mod&#232;le l'existence humaine en m&#234;me temps que tout le fonctionnement du milieu urbain, r&#233;v&#233;lant ainsi l'essence totalitaire de l'urbanisme contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La longue dur&#233;e de la premi&#232;re p&#233;riode, celle de la contre-r&#233;volution urbaine, indique que la conversion de l'espace en capital et l'apparition subs&#233;quente du march&#233; du sol et du logement fut un processus lent. Ses effets destructeurs furent palli&#233;s par l'apparition tardive des usines, &#233;tant donn&#233; le caract&#232;re essentiellement agraire de la bourgeoisie espagnole et la r&#233;sistance paysanne &#224; la prol&#233;tarisation. Jusqu'en 1848 les villes se con&#231;urent comme des noyaux fortifi&#233;s. D&#232;s lors furent publi&#233;s des arr&#234;t&#233;s sur l'alignement des rues. La division territoriale en provinces et la construction de routes r&#233;activ&#232;rent les villes qui devinrent capitales, et le d&#233;samortissement des biens de l'&#201;glise lib&#233;ra suffisamment de terrain pour que la ville puisse cro&#238;tre sans d&#233;passer ses limites, sauf dans les cas plus dynamiques de Barcelone et Madrid. C'est l&#224; qu'apparurent pour la premi&#232;re fois les quartiers neufs, division du sol en quadrillages, sans limites ni centre. Le quadrillage &#233;tait la forme la mieux adapt&#233;e au capital ; on obtenait de la parcelle carr&#233;e ou octogonale le b&#233;n&#233;fice maximal ind&#233;pendamment des usages ou des besoins sociaux, et en m&#234;me temps on faisait de l'urbanisation un processus interminable, incitant &#224; l'extension illimit&#233;e de la ville. Le quartier neuf, connect&#233; &#224; la ville par des grandes voies et des chemins de ronde, refl&#233;tait l'alliance entre la g&#233;om&#233;trie et l'argent, faisant de la ville l'image urbaine du capitalisme. Les quartiers neufs furent les premiers quartiers r&#233;sidentiels sp&#233;cifiquement bourgeois, illustrant les premiers effets de la contre-r&#233;volution urbanistique, c'est-&#224;-dire, d'abord, la conversion d'un secteur de la ville en espace o&#249; les rapports humains se r&#233;duisent au minimum ; ensuite, la division de la ville en diff&#233;rents quartiers selon les activit&#233;s ou le niveau &#233;conomique de leurs habitants, le zoning. Le voisinage n'est pas une vertu pour l'usage classiste de l'espace. Souvent, les classes &#233;taient s&#233;par&#233;es par de larges avenues ou des rues droites qui servaient &#224; la fois de fronti&#232;re et de voie de p&#233;n&#233;tration des forces de l'ordre en cas de mutinerie. Les premi&#232;res tentatives de planification urbanistique furent entreprises pour contr&#244;ler les r&#233;voltes populaires. Par cons&#233;quent, l'urbanisme naquit comme instrument de contr&#244;le qui assurait l'ordre bourgeois, tout comme les prisons mod&#232;les le Code civil, et surtout, comme la police, un corps qui appara&#238;t au m&#234;me moment et s'organise par districts, c'est-&#224;-dire, se zonifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quartier neuf trouva sa contrepartie dans le taudis, d&#233;valuation extr&#234;me du quartier et du logement. Dans une premi&#232;re phase, la pr&#233;sence de murailles obligea &#224; une croissance verticale de la ville et &#224; une division des maisons en espaces le plus r&#233;duit possible, mal approvisionn&#233;es en eau et sans &#233;gouts. Les maisons de rapport o&#249; s'entassaient les journaliers pauvres qui venaient &#224; la ville en qu&#234;te de travail sont encore une invention bourgeoise. Les murailles, dont la fonction d&#233;fensive avait &#233;t&#233; rendue caduque par le d&#233;veloppement de l'artillerie, acqu&#233;raient une fonction de contention et de maintien de la pauvret&#233; par la surexploitation &#233;conomique de l'espace. C'est pour cela que leur d&#233;molition fut consid&#233;r&#233;e comme un acte de lib&#233;ration. L'urbanisme, en cr&#233;ant les quartiers bourgeois, avait cr&#233;&#233; en m&#234;me temps des quartiers ouvriers ; en rel&#233;guant la mis&#232;re, il l'avait rendue visible ; en la concentrant, il l'avait rendue dangereuse et pr&#233;conis&#233; la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir capable de la tenir en respect, capable de la chasser de la rue. Ce fut la fonction de la circulation. Le mouvement des voitures s'&#233;tendit pour rendre difficile le mouvement des classes rel&#233;gu&#233;es, pour &#233;liminer la rue comme lieu de rencontre, comme espace de communication et comme endroit o&#249; passer le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la s&#233;gr&#233;gation est une des caract&#233;ristiques de l'urbanisme naissant, l'autre est la pr&#233;dominance de la circulation, du v&#233;hicule priv&#233;, image de la pr&#233;dominance de l'int&#233;r&#234;t individuel. Gr&#226;ce &#224; la mobilit&#233;, l'individu fut expropri&#233; de l'espace citadin. La ville se sacrifiait &#224; la circulation. En alt&#233;rant la vie urbaine, le mouvement supprimait la rue pour l'habitant. Les p&#233;riph&#233;riques, les avenues et les boulevards connectaient la ville &#224; l'ext&#233;rieur, ils &#233;taient &#224; la fois un moyen de sortie de la marchandise et de p&#233;n&#233;tration des forces de l'ordre le plus direct possible. Comme le dit le premier urbaniste th&#233;orique, Idefonso Cerda, &#171; les rues, en tant qu'&#233;l&#233;ments de la circulation, vastes canaux pour les vents purificateurs et moyens strat&#233;giques pour maintenir l'ordre public, seront droites et aussi longues que possible &#187; (Juicio Critico del informe del jurado). Le p&#233;riph&#233;rique, ou la grande avenue, se superposant aux anciens chemins, conduisit &#224; la banlieue, l'avant-poste de l'urbanisation, le fruit de l'exc&#232;s de dynamisme &#233;conomique de la ville. Celle-ci se scinda en centre et p&#233;riph&#233;rie. On peut dire que le faubourg cr&#233;a le concept de noyau urbain, c'est-&#224;-dire, de centre. Le processus fut acc&#233;l&#233;r&#233; par l'arriv&#233;e du train. Le chemin de fer fut la cause principale du d&#233;sordre territorial : il mit sur la carte ou en effa&#231;a d'innombrables petites villes et villages, accordant aux uns une d&#233;cadence tranquille et condamnant les autres &#224; une expansion inf&#226;me. La gare fut la porte par o&#249; l'industrie entra r&#233;ellement dans les villes. Ainsi que le nouveau prol&#233;tariat : entre 1900 et 1940, trois millions de personnes abandonn&#232;rent la campagne pour devenir des &#233;migrants int&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parenth&#232;se de la guerre civile marqua un point d'inflexion dans le programme urbanistique. Les barricades du 19 juillet furent l'unique r&#233;volution urbaine &#224; avoir lieu dans ce pays. La critique libertaire put avancer quelques propositions r&#233;volutionnaires comme la suppression de la propri&#233;t&#233; urbaine et la municipalisation du logement et du sol, mais la d&#233;faite condamna toute mesure &#233;mancipatrice. D&#232;s lors l'urbanisme, aux mains de l'&#201;tat, se fit terroriste et multiplia les destructions. L'urbanisme devint une arme de l'&#201;tat. Le d&#233;sordre urbain fut l'aspect le plus &#233;difiant de l'ordre r&#233;pressif de l'&#233;tape du d&#233;veloppement &#224; outrance (1950-85). Le franquisme, la forme politique qui domina une grande partie de cette p&#233;riode, fut une dictature industrialisante et &#233;dificatrice, une dictature urbanistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morphologie actuelle des villes espagnoles est le fruit de la politique de d&#233;veloppement &#224; outrance de la dictature, puis de la transition dite d&#233;mocratique. La trame urbaine actuelle s'est &#233;tablie peu &#224; peu &#224; partir des ann&#233;es cinquante, avec les reconstructions de l'apr&#232;s- guerre, l'&#233;vacuation de la ville traditionnelle, la croissance industrielle et l'&#233;migration massive de paysans et journaliers. 70% des &#233;difices furent construits &#224; partir de ces ann&#233;es. Les grandes entreprises de construction d&#233;coll&#232;rent durant les ann&#233;es soixante gr&#226;ce &#224; la forte demande d'habitacles bon march&#233;. Entre 1962 et 1972, la construction d'appartements absorba 50,2% de la formation brute de capital fixe, une affaire &#224; laquelle les banques particip&#232;rent amplement (le capital financier fit un bond spectaculaire et devint h&#233;g&#233;monique dans ces ann&#233;es-l&#224;). La m&#233;canisation naissante de l'agriculture, l'expansion du syst&#232;me manufacturier et l'apparition du tourisme envoy&#232;rent des millions de personnes &#224; la ville, la structure sociale de la classe ouvri&#232;re s'en trouvant profond&#233;ment alt&#233;r&#233;e. Celle-ci fut log&#233;e dans la p&#233;riph&#233;rie, d'abord dans des baraques, puis dans des habitations &#224; loyer mod&#233;r&#233;, construites tout d'abord sur des parcelles isol&#233;es le long des routes ou pr&#232;s des industries, et ensuite dans des zones industrielles et des villes satellites. C'&#233;tait la n&#233;gation de la ville comme foyer de la vie sociale, le d&#233;racinement total, l'annihilation m&#234;me de l'espace dans lequel l'individu comprenait sa condition historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition centre-p&#233;riph&#233;rie et le zoning fut pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me. Autour d'un centre administratif, rempli de bureaux et de si&#232;ges officiels &#233;rig&#233;s selon les canons de l'architecture fasciste, se distribuaient zones r&#233;sidentielles, quartiers-dortoirs, maisons de coop&#233;ratives, rues commer&#231;antes, zones industrielles, logements pour fonctionnaires ou militaires, etc. La construction d'appartements et de routes prit le pas sur la planification &#224; laquelle elle &#233;tait tenue par une Loi du Sol qui ne fut jamais appliqu&#233;e. La sp&#233;culation d&#233;termina le trac&#233; de la ville. Le r&#233;sultat fut une ville urbanis&#233;e par &#224;-coups, chaotique, fragment&#233;e, discontinue, o&#249; r&#233;gnaient les int&#233;r&#234;ts immobiliers. Mis &#224; part le fait que l'on construisait d&#233;j&#224; des habitations &#224; bon march&#233; pour les ouvriers durant la Dictature de Primo de Rivera et durant la R&#233;publique, la citation de Debord est tout &#224; fait pertinente pour l'&#233;poque : &#171; Pour la premi&#232;re fois une architecture nouvelle, qui &#224; chaque &#233;poque ant&#233;rieure &#233;tait r&#233;serv&#233;e &#224; la satisfaction des classes dominantes, se trouve directement destin&#233;e aux pauvres. La mis&#232;re formelle et l'extension gigantesque de cette nouvelle exp&#233;rience d'habitat proviennent ensemble de son caract&#232;re de masse, qui est impliqu&#233; &#224; la fois par sa destination et par les conditions modernes de construction. &#187; (La Soci&#233;t&#233; du Spectacle). Les blocs d'appartements ob&#233;irent &#224; la r&#232;gle d'un maximum de personnes dans un minimum d'espace. Les groupes de blocs ou d'entrep&#244;ts au milieu de nulle part devinrent l'&#233;l&#233;ment principal du paysage urbain. Des formes froides sans identit&#233;s, sans r&#233;f&#233;rences, sans aucune possibilit&#233; de vie communautaire, prises au pi&#232;ge des routes &#224; quatre voies et des p&#233;riph&#233;riques, dans lesquelles se forgea un prol&#233;tariat sans histoire, massifi&#233;, avec une conscience de classe &#233;pith&#233;liale, trop perm&#233;able &#224; l'influence de &#171; pr&#234;tres ouvriers &#187; et de &#171; leaders &#187; verticaux, quand il n'&#233;tait pas accro au foot et aux voitures, vuln&#233;rable aussi bien &#224; la consommation qu'au discours d&#233;magogique du syndicalisme int&#233;grateur. La t&#233;l&#233;vision et le militantisme catholique et stalinien naquirent dans le m&#234;me chou. Les mouvements de quartiers apparurent &#224; la fin des ann&#233;es soixante en r&#233;ponse &#224; l'entassement et &#224; l'abandon de la part des &#171; autorit&#233;s &#187;. Ce fut un mouvement revendicatif mod&#233;r&#233;, centr&#233; sur la demande de services de base et d'espaces verts, qui ne remit jamais en question le mod&#232;le du d&#233;veloppement &#224; outrance et &#233;labora encore moins une alternative. Des &#233;coles, des &#233;gouts, de l'&#233;clairage, des garderies, de l'asphaltage, des autobus, des h&#244;pitaux, etc. semblaient pouvoir &#234;tre le rem&#232;de &#224; tous les maux. Et quand ces probl&#232;mes quotidiens r&#233;els, n'&#233;tant pas r&#233;solus devenaient politiques, on subordonnait les critiques plus profondes &#224; un changement de r&#233;gime. Les dirigeants d'associations de quartier n'&#233;taient pas &#233;trangers &#224; cette mise en suspens. La question du logement se s&#233;para de la question sociale et chercha des solutions dans le marchandage politique. Par cons&#233;quent, la lutte pour l'habitabilit&#233; (pour la qualit&#233; de vie) ne d&#233;boucha pas sur un projet de reconqu&#234;te de la ville. Cette autolimitation fut fatale au mouvement, qui perdit l'occasion de jouer son r&#244;le historique au moment o&#249; les assembl&#233;es de quartier &#233;taient nombreuses, et il se convertit &#224; partir de 1976 en simple appendice des conseils municipaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des cons&#233;quences de l'&#233;clatement des villes, de la s&#233;paration radicale entre lieu de travail et logement, entre centre administrativo- commercial et p&#233;riph&#233;rie habit&#233;e, fut un trafic fr&#233;n&#233;tique entre le noyau urbain et la zone suburbaine, que les transports publics furent incapables d'assurer. La solution se traduisit par une plus grande artificialisation de la vie humaine : &#224; partir des ann&#233;es soixante, l'automobile fit son apparition et transforma les villes en un cancer. Le bruit, la pollution atmosph&#233;rique et les d&#233;chets aggrav&#232;rent le mal. Les rues se remplirent peu &#224; peu de v&#233;hicules et devinrent bient&#244;t de gigantesques parkings (Barcelone passa de 25 000 v&#233;hicules en 1960 &#224; un demi-million dix ans plus tard). Les voies rapides furent alors le principal agent de l'am&#233;nagement du territoire. Les mots avec lesquels l'urbaniste d'avant-garde Le Corbusier annon&#231;ait en 1925 l'av&#232;nement de l'&#233;poque des &#171; machines &#224; habiter &#187; semblaient sinistres : &#171; la ville de la vitesse est la ville du succ&#232;s &#187; (Urbanisme). La ville perdit ses limites et continua &#224; vider ses quartiers historiques (dans les ann&#233;es quatre-vingt seulement l0 &#224; 18% de la population citadine vivait dans la vieille ville). La &#171; Charte d'Ath&#232;nes &#187;, programme de la rationalisation urbaine capitaliste, &#233;tablissait que &#171; la limite de l'agglom&#233;ration sera fonction de son rayon d'action &#233;conomique &#187;. En trente ans, les villes furent transform&#233;es en vulgaires agglom&#233;rations. La population pauvre continua &#224; &#234;tre centrifug&#233;e moyennant des d&#233;viations, des voies de d&#233;gagement, des boulevards p&#233;riph&#233;riques et des autoroutes. L'&#233;quilibre s&#233;culaire entre ville et paysage fut d&#233;finitivement ruin&#233;. La plaie de la motorisation priv&#233;e fut l'instrument qui finit non seulement de prol&#233;tariser le travailleur, dont le mode d'existence se configurait en fonction de la voiture, mais fut aussi la cause principale de la destruction de l'environnement rural et naturel des villes, contribuant &#224; la contamination, facilitant la fr&#233;quentation massive de la m&#233;tropole &#8212;qui devenait de plus en plus insupportable&#8212; et la reliant aux r&#233;sidences secondaires et aux appartements baln&#233;aires. Malheureusement, la ville se red&#233;finissait comme une atteinte &#224; la nature. La voiture entra&#238;na le gaspillage de l'espace et la destruction totale de la ville comme lieu &#224; dimension humaine. Ce fut un de facteurs &#224; l'origine de l'apparition de la soci&#233;t&#233; de masses, en entendant par masses ces vastes couches de population neutre incapables d'acc&#233;der &#224; la conscience d'int&#233;r&#234;ts communs. L'urbanisme concentrationnaire qui prit la rel&#232;ve indiquait l'av&#232;nement de nouvelles structures de pouvoir et d'un nouveau type de soci&#233;t&#233;. La classe dominante, une bourgeoisie nationale patronale sous la tutelle d'une dictature militaire, avait &#233;volu&#233; vers un conglom&#233;rat politico- financier connect&#233; aux flux &#233;conomiques internationaux. Toutes les caract&#233;ristiques destructives de la politique de d&#233;veloppement &#224; outrance furent pouss&#233;es &#224; l'extr&#234;me : s&#233;gr&#233;gation, motorisation, verticalisation, contr&#244;le social, perte de forme, disparition de la limite urbaine, etc. ; la ville &#233;tait plus que jamais concentration de pouvoir et instrument d'accumulation du capital. Le caract&#232;re totalitaire du nouveau pouvoir de classe se fit sentir dans sa volont&#233; de ne rien laisser &#233;chapper &#224; la standardisation et &#224; la sp&#233;culation, c'est-&#224;-dire, &#224; l'&#233;conomie autonomis&#233;e, pas la moindre portion de territoire, pas le moindre aspect de la vie de ses habitants, une vie sans relation, qui s'&#233;coule principalement &#224; l'int&#233;rieur d'une voiture ou devant un &#233;cran : &#171; l'existence quotidienne se conformera aux exigences de la machine &#187; (Lewis Mumford, La cit&#233; &#224; travers l'Histoire). Ce qui diff&#233;rencie cet urbanisme de l'urbanisme outrancier, plus que le recours au spectacle, c'est la volont&#233; ordonnatrice ; le chaos d&#233;shumanise au hasard, mais personne n'&#233;chappe &#224; la planification. Pour que la ville devienne l'espace de l'&#233;conomie sans entraves, le droit &#224; urbaniser dut d&#233;passer le droit de propri&#233;t&#233; (voir la loi de 1998 concernant le r&#233;gime du sol et les &#233;valuations) et les techniques de surveillance durent atteindre des niveaux impensables sous pr&#233;texte de Jeux olympiques ou d'Expo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme par exemple &#224; S&#233;ville et &#224; Barcelone en 1992. (NdT)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces &#233;v&#233;nements furent de grandes op&#233;rations polici&#232;res. D&#233;sormais aucun quartier, ni village, ne pourra se pr&#233;valoir d'&#234;tre un fait urbain &#224; part, en marge des int&#233;r&#234;ts qui d&#233;truisaient le reste de la ville, pas plus qu'aucune manifestation ne pourra se sentir prot&#233;g&#233;e par le caract&#232;re juste de sa cause. Les habitants du district valencien de La Punta, victime de la logistique du port, et ceux du quartier El Cabanyal, au-dessus duquel est suspendue une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s en forme d'autoroute, le savent bien &#224; pr&#233;sent. Les politiques de table rase avec le territoire et de tol&#233;rance z&#233;ro avec la protestation pr&#233;par&#232;rent le nouvel art de gouverner. Le milieu urbain consomma sa destruction et supprima une fois pour toutes l'opposition campagne-ville, d&#233;sint&#233;grant les quartiers des faubourgs et dissolvant le monde rural en un m&#233;lange al&#233;atoire d'&#233;l&#233;ments urbains et agraires en d&#233;composition. Si la ville au temps de la politique de d&#233;veloppement &#224; outrance fut un abc&#232;s, celle qui lui a succ&#233;d&#233; est une prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re phase de la politique de d&#233;veloppement &#224; outrance s'&#233;coule &#171; d&#233;mocratiquement &#187; entre 1975 et 1985 avec le boom de la suburbanisation et la crise industrielle. Ce fut la derni&#232;re p&#233;riode de la lutte des classes et celle de l'association entre les int&#233;r&#234;ts politiques et ceux du secteur de la construction, celle de la corruption qui finan&#231;a les partis et enrichit les dirigeants. &#192; partir de 1979, ann&#233;e d'&#233;lections municipales, les partis s'&#233;taient efforc&#233;s de dissoudre les mouvements de quartier et ce qu'il restait n'en &#233;tait &#233;videmment pas m&#234;me l'ombre. Les administrations locales et celles des provinces autonomes avaient d&#233;couvert le march&#233; foncier et l'utilisaient pour se financer, en accord avec les sp&#233;culateurs, compl&#233;tant de cette mani&#232;re l'&#339;uvre de la politique de d&#233;veloppement &#224; outrance. C'est pour cela que les Plans G&#233;n&#233;raux d'Am&#233;nagement Urbain des conseils municipaux soi-disant d&#233;mocratiques n'arriv&#232;rent que tardivement et se limit&#232;rent &#224; pallier les imperfections, am&#233;liorer les acc&#232;s et cr&#233;er des places de stationnement (ce qui en son temps fut appel&#233; &#171; urbanisme de ravaudage &#187;). En Espagne, la nouvelle classe dirigeante se consolida plus avec la sp&#233;culation immobili&#232;re et la corruption politique qu'avec la sp&#233;culation boursi&#232;re. En 1989, le prix du logement augmenta brusquement de 25,7%. Depuis lors les prix se sont multipli&#233;s par six, la hausse &#233;tant plus &#233;lev&#233;e sur la c&#244;te et dans les capitales. Il n'est pas &#233;tonnant que, par exemple, le sol urbanis&#233; du Pays Valencien se soit agrandi de 60% durant les dix derni&#232;res ann&#233;es, particuli&#232;rement celui des maisons jumelles, des terrains de golf, des nationales et autoroutes, des ports de plaisance, des grandes surfaces et des d&#233;charges, r&#233;v&#233;lant la durabilit&#233; du style de vie promu par la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles technologies rendirent possible la mondialisation et la dissolution de la vieille classe ouvri&#232;re ; la formation de nouvelles &#233;lites fut r&#233;alis&#233;e apr&#232;s sa d&#233;faite. Elles se caract&#233;risent par l'ordinateur et le t&#233;l&#233;phone portables, par la h&#226;te. N&#233;es de la fusion de l'administration, de la politique et des finances, elles requ&#233;raient un nouveau mod&#232;le de ville, creux, m&#233;canique, uniformis&#233;, s'alimentant du district urbain. Une ville parasite, sans ouvriers ; une tiranopolis avec un centre mus&#233;ifi&#233; et des lieux publics festivalis&#233;s, avec des &#171; ouvertures sur la mer &#187;, des f&#233;tiches technologiques, des trains &#224; grande vitesse, des tours g&#233;antes, des m&#233;ga-ports et des a&#233;roports. Une ville avec quelques habitants dociles, dont le sommet politico-financier soit dissimul&#233; derri&#232;re de nouvelles zones de centralit&#233;, c'est-&#224;-dire derri&#232;re de grands centres commerciaux, les cath&#233;drales de la consommation qui r&#233;ordonnent la vie des quartiers. Une ville d'automobilistes, d'hommes d'affaire, d'acheteurs et de retrait&#233;s, o&#249; chaque citadin devait se sentir visiteur, client ou passager. Une ville image qui s'offrait comme une marchandise, qui t&#226;chait d'attirer les touristes, de d&#233;crocher les capitaux et de s&#233;duire les cadres sup&#233;rieurs (Barcelone est pass&#233;e de 2,5 millions de nuit&#233;es dans des h&#244;tels en 1990 &#224; 8 millions en 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, une ville comme celles d'aujourd'hui. Une ville de dirigeants en mouvement perp&#233;tuel, puisqu'une caract&#233;ristique des membres de la nouvelle classe est que ceux-ci ne sont &#224; leur place que quand ils circulent. Une ville dont le dernier mot revient aux grandes infrastructures : les M-30, les rondas du &#171; haut &#187; ou du &#171; bas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rocades de Madrid et de Barcelone. (NdT)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les boulevards p&#233;riph&#233;riques d'un c&#244;t&#233; ; le TGV, les m&#233;ga-ports et les a&#233;roports transcontinentaux de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les nouvelles m&#233;thodes urbanistiques t&#226;chent d'effacer les traces historiques, d'organiser l'oubli. Si l'urbanisme outrancier mit du temps &#224; &#233;liminer les derniers signes des combats livr&#233;s par les anciens habitants contre les classes qui les opprimaient, l'urbanisme totalitaire actuel, qui planifie en grand, change l'identit&#233; de villes comme de veste. Par exemple, quelques ann&#233;es ont suffi &#224; ce que Bilbao perde tout son paysage industriel li&#233; aux chantiers navals et &#224; la sid&#233;rurgie, le th&#233;&#226;tre de grandes batailles sociales, tandis qu'ils montaient &#224; la place tout un cirque th&#233;matique d'architecture internationale &#171; de marque &#187;, reflet de la servitude des masses solitaires devant la technique. L'&#233;l&#233;vation du mus&#233;e Guggenheim pr&#232;s du terrain vague de l'usine Euskalduna symbolise la transition de la ville industrielle et prol&#233;taire &#224; l'auberge comp&#233;titive du spectacle. Les nouvelles constructions transmettent aux habitants l'exp&#233;rience d'une solitude extr&#234;me. En raison du fait qu'elles se trouvent partout constituant des non-lieux, elles fixent l'identit&#233; du pouvoir global, montrant sa barbarie technologiquement &#233;quip&#233;e sur toute la plan&#232;te. C'est l'unique identit&#233; que peut poss&#233;der la non ville, paysage exclusif de l'absence historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lites &#233;mergentes se consolident doublement avec la r&#233;ubarnisation &#171; logistique &#187;. La construction, le financement, la gestion et l'exploitation des grandes infrastructures incorporent de par la loi le secteur priv&#233;, en finissant avec la notion m&#234;me de service public. Le cas de Barcelone m&#233;rite une attention particuli&#232;re. Ses dirigeants, se sentant les h&#233;ritiers de la bourgeoisie des Expositions universelles, formul&#232;rent le programme d'urbanisation spectaculaire de masses &#171; Barcelone 92 &#187;. La formule n'est pas secr&#232;te : si les deux tiers de l'investissement sont priv&#233;s, d'apr&#232;s le maire Clos, nous serons devant &#171; un mod&#232;le de transformation typiquement barcelonais &#187;. Ce mod&#232;le exclusif a contribu&#233; &#224; fomenter une sp&#233;culation folle qui a expuls&#233; de la ville des milliers d'habitants (la ville de Barcelone occupe une surface de 100 km2 dans laquelle habitent un million et demi d'habitants, 300 000 en moins qu'il y a quinze ans ; le district urbain comprend 3000 km2 et 4,5 millions d'habitants y vivent, y compris ceux de la ville). Barcelone est une r&#233;serve d'espace-marchandise et ses dirigeants misent sur le fait qu'elle le soit encore beaucoup plus : voil&#224; la mission du &#171; Forum des Cultures 2004 &#187;. Et &#224; titre d'exemple de culture : belle comme la rencontre entre un cloaque et une mer de voitures dans un spectacle culturel, voici la d&#233;finition que donne Clos de la construction d'une grande place au-dessus d'une station d'&#233;puration : &#171; un &#233;chantillon des paradigmes culturels du XXIe si&#232;cle &#187;. Nous savions d&#233;j&#224; qu'un maire n'est pas maire tant qu'il ne produit pas de monuments, mais jusqu'&#224; Clos, l'originalit&#233; de la r&#233;volution culturelle des conseils municipaux s'&#233;tait limit&#233;e &#224; des palais des congr&#232;s superflus et &#224; des auditoriums inutiles. Il arrive souvent que dans le langage des dirigeants, les mots signifient le contraire de ce qu'ils nomment, comme c'est le cas pour &#171; &#233;cologie urbaine &#187;, &#171; &#233;quilibre territorial &#187; ou &#171; vert&#233;bration &#187;, des &#233;tiquettes &#224; poser pour vendre l'urbanisme poubelle, la destruction du territoire ou la d&#233;sarticulation. De cette fa&#231;on, Clos appelle culture ce qui n'est rien d'autre que des d&#233;tritus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; force de consumer et de se consumer la ville a cess&#233; d'exister, le citadin lui aussi. Ainsi que les quartiers et les mouvements de quartier. Dans une anomie spatiale absolue, il n'existe rien qui soit digne de ce nom. La vie des individus se r&#233;duit aux mouvements r&#233;flexes condition n&#233;s par les moyens techniques qui la colonisent. Avec la disparition de tous les espaces publics, la vie se replie sur le priv&#233; et se retranche dans les appartements. Une population sans autonomie, compl&#232;tement d&#233;pendante de ses proth&#232;ses m&#233;caniques, ne se rebelle, ni ne communique. Les lieux ouverts comme les places, les rues, les halls, les escaliers, les jardins, les parkings, etc., sont devenus un no man's land. Dans ce cocooning populaire, le discours s&#233;curitaire s'impose. Une partie de la population se sent &#224; d&#233;couvert face &#224; l'autre partie et r&#233;clame le contr&#244;le policier de cette zone interm&#233;diaire. Le nouvel urbanisme a l'effet pervers d'avilir la population qui le subit. Il semble que la question sociale existe, mais seulement sous forme d'un probl&#232;me de s&#233;curit&#233;. Le syst&#232;me dominant se sait vuln&#233;rable et craint les gens qu'il a marginalis&#233;s et expuls&#233;s. Et ce pour deux simples raisons : premi&#232;rement, parce que toute l'agglom&#233;ration urbaine peut &#234;tre paralys&#233;e par une panne de courant en s&#233;rie ou par un simple embouteillage. Deuxi&#232;mement, parce que la ville enti&#232;re est une vitrine &#224; la merci d'un casse &#224; la voiture b&#233;lier g&#233;n&#233;ral. Un hypermarch&#233; rempli de marchandises en mouvement qu'il faut prot&#233;ger d'envahisseurs potentiels, qui ne peuvent &#234;tre autres que ceux qui les d&#233;sirent sans les avoir &#224; leur port&#233;e. Voici la clef pour comprendre l'urbanisme totalitaire : c'est le moyen d'assurer avec rapidit&#233; un contr&#244;le total de l'ennemi qui, &#224; un moment donn&#233;, &#224; cause d'une avarie urbaine, incline le rapport de forces en sa faveur, et quoiqu'il ne parvienne pas &#224; lib&#233;rer d'espaces, tout au moins les d&#233;vaste. Ce qui nous porte &#224; supposer que toutes les r&#233;voltes futures dans ces espaces de l'ali&#233;nation commenceront au hasard moyennant d'imposants pillages et de non moins imposantes destructions. Un chaos viendra r&#233;soudre un autre chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, nous mentionnerons l'ancienne d&#233;nomination de l'urbanisme comme m&#233;decine des villes, une m&#233;decine de celles qui tuent les patients. &#192; vrai dire, l'urbanisme se refl&#232;te plut&#244;t dans les maladies qu'il a provoqu&#233;es au long de son histoire. Si la tuberculose fut la maladie embl&#233;matique de l'urbanisme bourgeois et le cancer celle de l'urbanisme &#224; outrance, celle qui d&#233;finit le mieux l'urbanisme totalitaire est la folie. La contre-r&#233;volution urbaine cr&#233;a dans ses deux premi&#232;res &#233;tapes des conditions de plus en plus inhospitali&#232;res pour les corps. Dans la troisi&#232;me elle tua l'&#226;me. L'horreur urbaine qui repr&#233;sente cette mort est telle que, pour reprendre la ville en tant que projet de vie communautaire, il faudra d&#233;molir jusqu'&#224; ses propres ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Miguel Amoros&lt;/i&gt;, 2003, publi&#233; la premi&#232;re fois dans le livre &#034;Las armas de la cr&#237;tica&#034; en mai 2004. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme par exemple &#224; S&#233;ville et &#224; Barcelone en 1992. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rocades de Madrid et de Barcelone. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>terre &#224; terre, un contre espace</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Am&#233;rico Mariani, C&#233;line Belledent, F&#233;lix Lefebvre, Matthieu Adam, Ma&#233; Burlat, Monica Piceno, Simon Le Roulley, &#201;meline Comby</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;terre &#224; terre&lt;/i&gt; est un espace &#224; la crois&#233;e des mondes militants et acad&#233;miques. Un peu moins qu'une revue et un peu plus qu'un blog, objet hybride et support de dialogues et de rencontres, il se veut un espace-refuge pour celles et ceux qui souhaitent penser la production de l'espace pour mieux la transformer, et un espace-ressource pour les luttes sociales.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://terreaterre.eu/-A-propos-" rel="directory"&gt;&#192; propos&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://terreaterre.eu/local/cache-vignettes/L150xH100/balladebelfort-3b289.jpg?1779085924' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;Engin de construction sur un terrain vague entre deux immeubles. C'est le soir et elle est &#233;clair&#233;es par l'&#233;clairage urbain de la rue derri&#232;re. On voit des fa&#231;ade en fond.&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;terre &#224; terre&lt;/i&gt; est un espace &#224; la crois&#233;e des mondes militants et acad&#233;miques. Un peu moins qu'une revue et un peu plus qu'un blog, objet hybride et support de dialogues et de rencontres, il se veut un espace-refuge pour celles et ceux qui souhaitent penser la production de l'espace pour mieux la transformer, et un espace-ressource pour les luttes sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les id&#233;es, repr&#233;sentations, valeurs, qui ne parviennent pas &#224; s'inscrire dans l'espace en engendrant (produisant) une morphologie appropri&#233;e se dess&#232;chent en signes, se r&#233;solvent en r&#233;cits abstraits, se changent en fantasmes. [...] L'investissement spatial, la production de l'espace, ce n'est pas un incident de parcours, mais une question de vie ou de mort. &#187; (Lefebvre, 1974)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'espace - consid&#233;r&#233; comme un &#171; rapport social inh&#233;rent aux rapports de propri&#233;t&#233; et aux forces productives &#187; qui est donc &#224; la fois produit et producteur de faits sociaux (Lefebvre, 1974) - est par d&#233;finition au c&#339;ur de la vie quotidienne : il r&#233;git l'organisation du travail, du logement et des mobilit&#233;s, rythme les agendas, permet ou emp&#234;che l'&#233;laboration politique, la circulation des corps... Cet espace, c'est &#224; la fois, l'urbain et le rural, le &#171; construit &#187; et &#171; le naturel &#187;, nos environnements et nos intimit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espace et par l'espace, nous inscrivons nos existences dans une profondeur mat&#233;rielle et historique. Terrain de r&#233;sistances quotidiennes et de luttes, c'est pourtant un sujet aujourd'hui largement d&#233;laiss&#233; par les mouvements sociaux tant nous avons l'habitude de le voir comme une toile de fond et un r&#233;sultat de la conflictualit&#233; sociale. Des collectifs sp&#233;cialis&#233;s dans les th&#233;matiques du logement, de l'accueil ou de la lutte contre les chantiers inutiles s'emparent de ces questions, mais morcel&#233;es et divis&#233;es, ces luttes peinent &#224; se saisir de la question spatiale dans toute sa transversalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde acad&#233;mique, &#233;norm&#233;ment de travaux portent sur l'am&#233;nagement des territoires mais r&#233;duisent les politiques et les pratiques spatiales &#224; des d&#233;bats techniciens et normatifs. L'id&#233;ologie scientifique, soi-disant neutre, fait paravent aux logiques autoritaires et n&#233;olib&#233;rales inh&#233;rentes aux choix et aux strat&#233;gies d'am&#233;nagement et d'urbanisme. Et lorsqu'ils se pr&#233;sentent comme critiques, les &#233;crits universitaires ne parviennent pas &#224; r&#233;ellement contribuer &#224; des mouvements effectivement &#233;mancipateurs, quand ils ne s'&#233;garent pas dans un essentialisme r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce constat et d'une envie collective de contribuer &#224; repolitiser la question spatiale est n&#233; &lt;i&gt;terre &#224; terre&lt;/i&gt;. Nous voulons tenter de tenir ensemble deux activit&#233;s : travailler &#224; comprendre le monde hostile dans lequel nous habitons et contribuer &#224; imaginer des horizons d&#233;sirables. Pour ce faire, notre conviction est qu'il est n&#233;cessaire de prendre le temps du recul, de l'analyse et de la recherche pour nourrir les mobilisations collectives. &lt;i&gt;terre &#224; terre&lt;/i&gt; est donc un espace qui permet &#224; la fois de d&#233;crypter des exp&#233;riences politiques et de discuter de concepts et de notions qui structurent la th&#233;orie sociale, dans l'optique de d&#233;centrer le regard et de faire progresser la mani&#232;re de penser et de fa&#231;onner l'espace. Au fond, il s'agit de construire un espace d'&#233;laboration collective exigeant qui pourra constituer, &#224; terme, une base solide sur les questions touchant &#224; la production de l'espace et &#224; sa transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un espace autre. Nous souhaitons accueillir des r&#233;flexions exigeantes et rigoureuses dans leur analyse et leur ambition de transformation et d'&#233;mancipation sociale. Nous aurons une vigilance particuli&#232;re &#224; ne pas reproduire les &#233;cueils de l'ethos acad&#233;mique, sa violence institutionnelle et son innocuit&#233; th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;terre &#224; terre&lt;/i&gt; publiera &#224; un rythme irr&#233;gulier, des contributions qui feront progresser la compr&#233;hension collective de la production de l'espace, en discutant des th&#233;ories qui l'irriguent. Ouverte &#224; une diversit&#233; critique, nous souhaitons autant que possible faire dialoguer les pens&#233;es critiques et les exp&#233;riences issues de luttes sociales. L'objectif n'est pas de marteler une th&#233;orie fig&#233;e mais de rendre possibles et visibles &#224; la fois les remises en question, les interrogations, les zones d'ombre. &#202;tre un espace autre implique donc de faire les choses diff&#233;remment des revues traditionnelles - &#224; la fois dans les formats de publication, mais aussi dans le rythme et les m&#233;thodes d'&#233;dition -, pour permettre &#224; chacun&#183;e d'essayer des choses, d'avancer &#224; t&#226;tons, de contribuer &#224; une &#233;laboration collective. En r&#233;sum&#233;, c'est ensemble que nous esp&#233;rons non pas tracer des autoroutes th&#233;oriques rectilignes et born&#233;es, mais d&#233;fricher des chemins de contrebande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin &#233;tant aussi le moyen, l'ambition est de cr&#233;er et d'offrir un espace et des outils qui permettent d'accomplir cette t&#226;che tout en prenant soin les un&#183;es des autres. Plus qu'un ensemble de r&#232;gles, il s'agit d'une pratique de l'attention. Attention port&#233;e aux rapports de pouvoir, tant dans les dynamiques internes, que dans l'accompagnement des contributeur&#183;ices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;terre &#224; terre&lt;/i&gt; &#233;mane d'un collectif de huit personnes qui composent le comit&#233; &#233;ditorial charg&#233; de faire tourner la machine. L'accompagnement et la discussion des textes pourra &#234;tre assur&#233; par des personnes ext&#233;rieures &#224; ce groupe. La publication dans &lt;i&gt;terre &#224; terre&lt;/i&gt; est ouverte &#224; toute personne qui se reconnaitra dans le projet. &lt;i&gt;terre &#224; terre&lt;/i&gt; a vocation &#224; permettre l'exp&#233;rimentation tant sur le fond que sur la forme et aucun format n'est donc exclu a priori : articles originaux, entretiens, traductions, recensions, dialogues, contributions visuelles et sonores, discussions th&#233;oriques autant qu'empiriques. La publication r&#233;sulte d'un processus de validation collective des propositions. Celui-ci est r&#233;alis&#233; dans une discussion ouverte avec les membres du comit&#233; de r&#233;daction et du comit&#233; de lecture. L'&#233;laboration collective &#233;tant au c&#339;ur du projet, il est possible de nous contacter avec une id&#233;e ou une &#233;bauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour nous contacter&lt;/strong&gt; : contact@terreaterre.eu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le comit&#233; &#233;ditorial est compos&#233; au mois de mai 2025&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu Adam, C&#233;line Belledent, Ma&#233; Burlat, &#201;meline Comby, F&#233;lix Lefebvre, Simon Le Roulley, Am&#233;rico Mariani, M&#243;nica Piceno&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la rue au squat</title>
		<link>https://terreaterre.eu/De-la-rue-au-squat</link>
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		<dc:date>2025-04-14T14:13:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Minuit D&#233;cousu</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Des t&#233;moignages, des archives et des analyses des &#233;volutions l&#233;gislatives pour penser les enjeux th&#233;oriques et pratiques du logement et du mal-logement. Une heure de radio enregistr&#233;e &#224; l'occasion d'une semaine d'action contre la fin de la tr&#234;ve hivernale &#224; Lyon. &lt;br class='autobr' /&gt; Minuit D&#233;cousu est une &#233;mission hebdomadaire diffus&#233;e en direct sur la radio associative autog&#233;r&#233;e lyonnaise Radio Canut. L'&#233;mission propose des formats vari&#233;s, de la cr&#233;ation sonore au documentaire, en passant par des lectures (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://terreaterre.eu/-Articles-" rel="directory"&gt;Articles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://terreaterre.eu/local/cache-vignettes/L150xH87/illu_-_podcast_md-828b0.jpg?1779085924' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des t&#233;moignages, des archives et des analyses des &#233;volutions l&#233;gislatives pour penser les enjeux th&#233;oriques et pratiques du logement et du mal-logement. Une heure de radio enregistr&#233;e &#224; l'occasion d'une semaine d'action contre la fin de la tr&#234;ve hivernale &#224; Lyon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Minuit D&#233;cousu est une &#233;mission hebdomadaire diffus&#233;e en direct sur la radio associative autog&#233;r&#233;e lyonnaise Radio Canut. L'&#233;mission propose des formats vari&#233;s, de la cr&#233;ation sonore au documentaire, en passant par des lectures de textes in&#233;dits ou non, sur des th&#233;matiques diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet &#233;pisode du 25 mars 2025, la parole est donn&#233;e pendant une heure &#224; des personnes qui ont fait et font l'exp&#233;rience de la vie sans logement ou en squat. Ces t&#233;moignages alternent avec des archives sonores sur les luttes pour le logement et avec l'analyse des &#233;volutions l&#233;gislatives du droit au logement. Ce faisant, l'&#233;mission propose un tour d'horizon pratique et th&#233;orique des enjeux li&#233;s au logement et au mal-logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette heure d'&#233;mission s'inscrit dans une semaine d'action, port&#233;e par le Collectif Solidarit&#233; entre Femmes &#224; la Rue, qui a eu lieu &#224; Lyon en mars 2025 &#224; l'occasion de la fin de la tr&#234;ve hivernale. Le Collectif Solidarit&#233; entre Femmes &#224; la Rue se d&#233;finit ainsi : &#171; un collectif de femmes &#224; la rue ou dans des situations de logement instables, dans la m&#233;tropole de Lyon. Nous nous organisons entre femmes pour nous donner de la force et pouvoir &#233;changer sur les difficult&#233;s que nous vivons. Notre objectif est de faire conna&#238;tre la situation des femmes sans-abri et les violences qu'elles subissent, et de trouver des solutions de logement par la lutte et l'occupation de b&#226;timents. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en d&#233;coudre avec la rue et le mal-logement, vous retrouverez dans ce podcast :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La m&#233;tropole et la mairie &#233;colo du grand Lyon contre les squats&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'&#233;volution du droit au logement avant 2018 : la loi DALO&lt;/li&gt;&lt;li&gt; De la vie &#224; la rue &#224; la vie en squat, la sant&#233; mentale en danger&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La fondation des foyers Sonacotra&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le droit au logement depuis 2018 : les loi ELAN et Kasbarian&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le mouvement de gr&#232;ve des loyers dans les foyers Sonacotra&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adaptation de la brochure du Droit au logement 69, 1973-1981 : La Gr&#232;ve des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Squatter, une solution au mal logement&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les loyers de la Sonacotra : bilan d'une lutte autonome in&#233;dite&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Un toit, c'est un droit, la mobilisation continue&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;mission &#224; &#233;couter dans le player ci-dessous ou sur le &lt;a href=&#034;https://radiocanut.org/emissions/minuit-decousu/article/de-la-rue-au-squat-minuit-decousu-a-23h&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;Lien vers la page d&#233;di&#233;e &#224; ce podcast sur radiocanut.org&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de Radio Canut&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;100%&#034; src=&#034;https://audioblog.arteradio.com/embed/247929&#034; style=&#034;margin: 0; padding: 0; border: none;&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;(&#192; la fin de l'&#233;mission, comme chaque semaine, est diffus&#233; un &#233;pisode (ici le treizi&#232;me, &#171; La f&#234;te est finie &#187;) de la s&#233;rie-doc' &lt;i&gt;Le cul entre deux chaises : une histoire intime de l'immigration yougoslave&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adaptation de la &lt;a href=&#034;https://rebellyon.info/La-greve-des-loyers-dans-les-foyers-29519&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;Lien vers la brochure du DAL sur le site Rebellyon.info&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;brochure du Droit au logement 69&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;1973-1981 : La Gr&#232;ve des loyers dans les foyers Sonacotra&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Embrasser l'urbain</title>
		<link>https://terreaterre.eu/Embrasser-l-urbain</link>
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		<dc:date>2025-04-14T03:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Am&#233;rico Mariani, Antonio Delfini, Matthieu Adam</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pr&#232;s de deux cents personnes sont entass&#233;es dans la petite salle du centre social du quartier de l'Alma-Gare &#224; Roubaix. Ce soir de mars 2023, les anciens et anciennes se sont install&#233;es aux premiers rangs. Debout au fond de la salle, les jeunes sont venus en nombre. Quelques mamans tentent de calmer la quinzaine de gamins qui courent autour du vid&#233;oprojecteur. Une bonne partie du quartier s'est d&#233;plac&#233;e pour la r&#233;union du collectif d'habitants et d'habitantes qui s'oppose depuis huit mois &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://terreaterre.eu/local/cache-vignettes/L150xH100/la_ville_appartient-cef76.jpg?1774278227' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pr&#232;s de deux cents personnes sont entass&#233;es dans la petite salle du centre social du quartier de l'Alma-Gare &#224; Roubaix. Ce soir de mars 2023, les anciens et anciennes se sont install&#233;es aux premiers rangs. Debout au fond de la salle, les jeunes sont venus en nombre. Quelques mamans tentent de calmer la quinzaine de gamins qui courent autour du vid&#233;oprojecteur. Une bonne partie du quartier s'est d&#233;plac&#233;e pour la r&#233;union du collectif d'habitants et d'habitantes qui s'oppose depuis huit mois &#224; la destruction de 480 logements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florian, le porte-parole du collectif, pr&#233;sente les derni&#232;res actions mises en place, les &#233;chos m&#233;diatiques de la lutte et les recours juridiques &#224; venir contre les permis de d&#233;molir. Les remarques fusent. Un p&#232;re de famille d&#233;nonce le d&#233;labrement de son logement, les traces d'humidit&#233; et les fuites &#224; r&#233;p&#233;tition qu'il est oblig&#233; de r&#233;parer lui-m&#234;me. Une femme explique qu'elle a r&#233;cemment &#233;t&#233; relog&#233;e dans un autre quartier, mais qu'elle regrette son choix et qu'elle revient tous les jours pour voir ses amies, faire ses courses et passer le temps. Un vieil habitant revient sur l'histoire du quartier : les b&#226;timents qui doivent &#234;tre d&#233;molis ont &#233;t&#233; construits au d&#233;but des ann&#233;es 1980 par des habitantes et habitants et des architectes qui s'opposaient d&#233;j&#224; &#224; un programme de r&#233;novation urbaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soci&#233;t&#233; Coop&#233;rative Ouvri&#232;re de Production, L'Alma-Gare &#224; Roubaix. Quand les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de d&#233;molition est port&#233; par l'Agence nationale pour la r&#233;novation urbaine, la mairie de Roubaix et la M&#233;tropole de Lille. Plus de 133 millions d'euros sont engag&#233;s. Le projet envisage de d&#233;truire les derniers T5 et T6 de Roubaix. Une mani&#232;re de faire comprendre aux familles nombreuses qu'elles ne sont plus d&#233;sir&#233;es dans la ville. C'est aussi une tentative de policer le quartier en se d&#233;barrassant des coursives, ces couloirs ext&#233;rieurs des petits immeubles de l'Alma, qui transforment chaque descente de police en jeu du chat et de la souris, avec des jeunes qui connaissent par c&#339;ur tous les recoins de leur quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte en cours &#224; l'Alma r&#233;unit beaucoup des enjeux des luttes urbaines contemporaines et les projets auxquels elles s'opposent. Du c&#244;t&#233; habitant, le logement s'inscrit dans les plis intimes de l'existence, au sein d'une communaut&#233; de quartier et d'une histoire locale singuli&#232;re. Du c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et des am&#233;nageurs, le logement est r&#233;sum&#233; &#224; une strat&#233;gie de peuplement et utilis&#233; comme un outil de valorisation &#233;conomique et de contr&#244;le social. Ce sont ces contradictions &#8211; entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change, entre appropriation et homog&#233;n&#233;isation &#8211; qui donnent naissance aux luttes et r&#233;sistances racont&#233;es et d&#233;crypt&#233;es dans &lt;i&gt;Tenir la ville&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tentons d'analyser ici les questions fondamentales que ces conflits font surgir et soulignons ce qui en fait l'unit&#233;. Pour ce faire, nous mettons au travail des concepts &#8211; la production de l'espace, la m&#233;tropole, le pouvoir, les rapports sociaux &#8211;, non pas par go&#251;t de l'abstraction, mais pour tenter de nous extraire des cas sp&#233;cifiques et de mieux en percevoir les logiques sous-jacentes. Cette r&#233;flexion th&#233;orique est inspir&#233;e par l'id&#233;e que la question sociale est aussi une question spatiale, et r&#233;ciproquement. Mieux comprendre cette dimension pourrait renforcer tant les luttes que les r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La m&#233;tropole, forme actuelle du capitalisme urbain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le capital fixe d&#233;signe l'immobilier, du logement &#224; l'usine, en passant par l'immeuble de bureaux. Sa concentration permet d'accumuler le surplus de production, car elle facilite notamment l'acc&#232;s &#224; la main-d'&#339;uvre et la r&#233;alisation d'infrastructures de transport et d'&#233;changes financiers. Nous parlons de capitalisme urbain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adam Matthieu et Comby &#201;meline, &#171; Introduction. Un capitalisme &#224; visages (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour nommer les processus de concentration de capital fixe n&#233;cessaires aux d&#233;tenteurs de capitaux pour accumuler et pour absorber le surplus de production. En effet, la construction et la sp&#233;culation immobili&#232;res sont des moyens de trouver des d&#233;bouch&#233;s aux profits, et de les faire fructifier gr&#226;ce aux loyers et aux plus-values &#224; la revente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Harvey David, Les Limites du capital [1981], Paris, &#201;ditions Amsterdam, 2020.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cette concentration qui fait du capitalisme urbain une dimension sp&#233;cifique, sur le plan mat&#233;riel comme sur celui de l'organisation sociale, du syst&#232;me de production capitaliste. Ce syst&#232;me est un r&#233;gime politique, id&#233;ologique et &#233;conomique fond&#233; : sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production (mines de mati&#232;res premi&#232;res, usines, bureaux) et de reproduction (logements, infrastructures de transport, de soins, de formation) ; sur la possibilit&#233; de l'accumulation par la remise en circulation permanente des capitaux (vente de biens et de titres) ; sur une organisation du travail qui s'appuie essentiellement sur le salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son &#233;mergence au XIXe si&#232;cle, le capitalisme urbain a connu des mutations historiques sans changer sa logique fondamentale : l'&#233;crasement des usages pas assez ou non rentables par ceux qui correspondent aux n&#233;cessit&#233;s techniques, politiques et &#233;conomiques des mod&#232;les d'accumulation successifs. Si l'urbanisation n'est pas en soi un m&#233;canisme capitaliste, on peut dire que le capitalisme fait la ville &#224; son image : diff&#233;renci&#233;e, hi&#233;rarchis&#233;e, s&#233;gr&#233;gu&#233;e. Aujourd'hui, les luttes relat&#233;es dans ce livre ont en commun de faire face &#224; un capitalisme n&#233;olib&#233;ral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe des discussions pour savoir si la France, comme de nombreux pays, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont la m&#233;tropole est l'incarnation urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme centralit&#233; de la d&#233;cision politique et organisation territoriale de la production, la m&#233;tropole applique en quelque sorte la logique de l'usine &#224; l'espace, comme le disaient les op&#233;ra&#239;stes italiens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Courant r&#233;volutionnaire marxiste italien organis&#233; autour de la revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; L'usine n'est donc pas seulement un lieu sp&#233;cifique de la ville moderne, mais un concept qui s'appuie sur l'id&#233;e de la m&#233;tropole comme organisme flexible et extensible &#224; l'infini, dont le r&#244;le est de reproduire et d'organiser le travail vivant. [&#8230;] L'usine n'est ni un &#233;difice ni un lieu, mais plut&#244;t un ensemble de machines, un diagramme spatial dont la fonction consiste &#224; adapter l'espace physique &#224; la composition technique qui rend possible le travail productif et son exploitation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aureli Pier Vittorio, &#171; Retour de l'usine : le territoire, l'architecture, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;tropole investit toutes les sph&#232;res de la vie quotidienne : le logement, le travail, les mobilit&#233;s, les loisirs, les relations sociales. Le territoire et sa population, ou plut&#244;t son pouvoir d'achat et son niveau de formation, ne sont plus l'origine de la demande &#224; laquelle les collectivit&#233;s t&#226;chent de r&#233;pondre, mais une partie de ce qu'elles ont &#224; offrir aux investisseurs, avec la situation g&#233;ographique, le patrimoine, les grands projets ou les grands &#233;v&#232;nements sportifs et culturels. Les in&#233;galit&#233;s sont alors d&#233;cupl&#233;es, car seules les populations les plus solvables &#8211; capables d'acheter ou de louer de futurs logements &#8211; ou les plus qualifi&#233;es &#8211; &#224; m&#234;me de devenir un personnel comp&#233;tent et docile pour les entreprises qui s'implantent &#8211; sont consid&#233;r&#233;es comme d&#233;sirables &#8211; &#224; l'oppos&#233; des pauvres et des populations subalternes, dont il convient de discipliner les conduites collectives et individuelles, voire de les chasser. La m&#233;tropole se caract&#233;rise donc par une mise en ordre polici&#232;re des villes, &#224; la fois classiste et raciste, destin&#233;e &#224; produire une ville aseptis&#233;e, conforme aux attentes des investisseurs et des classes sup&#233;rieures. Les m&#233;canismes s&#233;gr&#233;gatifs ne sont pas apparus avec l'urbanisme n&#233;olib&#233;ral, mais ils sont amplifi&#233;s et influencent les rapports de pouvoir &#224; l'&#339;uvre, les luttes qui les attaquent &#8211; i.e. les combats collectifs sur des enjeux et des territoires sp&#233;cifiques &#8211; et les r&#233;sistances qui s'y confrontent au quotidien &#8211; i.e. toutes les activit&#233;s quotidiennes d'appropriation et de n&#233;gociation d'un espace vivable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lutter et r&#233;sister dans et pour la production de l'espace&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'Alma, comme dans les autres exemples du livre, l'enjeu du combat est la production de l'espace. Il s'agit de d&#233;finir qui, des personnes qui luttent ou de l'alliance entre collectivit&#233;s territoriales et entreprises priv&#233;es, imposera sa vision et son mode d'organisation pour modeler l'espace et, &#224; travers lui, modeler la vie quotidienne de celles et ceux qui l'habitent. Ce concept de production de l'espace, forg&#233; par Henri Lefebvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefebvre Henri, La Production de l'espace, Paris, Anthropos, 1974.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, permet de penser l'espace non pas comme un donn&#233;, mais comme un produit collectif qui r&#233;sulte de rapports de force entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, des personnes se battent contre la destruction d'un quartier qu'elles aiment, m&#234;me si son cadre b&#226;ti est de mauvaise qualit&#233;, que les conditions de vie y sont difficiles et que son image est n&#233;gative dans le reste de la ville. L&#224;, d'autres s'organisent pour transformer la vie quotidienne d'un territoire domin&#233; par l'automobile et souvent d&#233;crit comme un terreau d'individualisme. Ailleurs s'inventent, contre vents et mar&#233;es, de nouvelles formes de propri&#233;t&#233; ou d'&#233;cologie populaire. L&#224; encore, on se bat afin qu'un espace hostile devienne agr&#233;able pour le plus grand nombre et s'&#233;mancipe de rapports sociaux in&#233;galitaires. Enfin, partout, d'innombrables r&#233;sistances tentent simplement de se faire un lieu o&#249; habiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre hypoth&#232;se est que prendre &#224; bras-le-corps l'enjeu de la production de l'espace peut contribuer &#224; dessiner un horizon d&#233;sirable et &#224; penser des continuit&#233;s entre diff&#233;rentes situations qui pourraient sembler isol&#233;es. L'espace est une ressource indispensable d'abord pour se loger, mais aussi pour se retrouver, se parler. C'est aussi de la terre pour se nourrir, des lieux pour s'organiser. L'espace devient objet de lutte lorsqu'il est n&#233;cessaire de s'opposer &#224; un projet d'am&#233;nagement ou quand le combat porte sur l'am&#233;lioration des conditions d'habitation ou de d&#233;placement. C'est aussi la bataille pour avoir lieu et place, au quotidien, pour les femmes et les minorit&#233;s de genre, mais aussi face au racisme ou au validisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le triptyque &#171; absolu, relatif, relationnel &#187; est emprunt&#233; &#224; David Harvey (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, fait de murs et de r&#232;gles, l'espace n'est pas pour autant une mati&#232;re inerte dans laquelle se d&#233;ploient les rapports sociaux. Il n'est ni un simple cadre ni strictement une ressource, puisqu'il est possible de construire ou d'abattre ces murs, de respecter ou d'abolir ces r&#232;gles. Relatif, l'espace est dynamique : il est tout &#224; la fois exp&#233;riences, planifications et repr&#233;sentations, pratiques, mat&#233;rialit&#233;s et symboles. Ce faisant, il est produit par l'activit&#233; humaine tout comme il conditionne cette activit&#233;. Relationnel, l'espace relie des personnes, des groupes, des activit&#233;s, des temporalit&#233;s, des capitaux, des rapports sociaux, des objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs cons&#233;quences d&#233;coulent de cette formulation. Premi&#232;rement, l'espace n'est ni une abstraction ni un objet r&#233;ductible &#224; sa mat&#233;rialit&#233; observable. Deuxi&#232;mement, l'espace n'est pas un objet autonome dont on pourrait comprendre et expliquer l'organisation et l'&#233;volution en ne s'int&#233;ressant qu'&#224; lui. Troisi&#232;mement, tous les rapports sociaux &#8211; de classe, de race, de genre, de capacit&#233;s &#8211; ont une dimension spatiale. Quatri&#232;mement, l'espace est un moyen et un enjeu fondamen- tal de lutte, en particulier &#224; travers l'occupation ou la manifestation. Quel que soit l'objet des luttes, leur dimension spatiale influence la mani&#232;re dont elles s'orga- nisent et se donnent les moyens de gagner plus ou moins. Surtout, l'espace est une production de l'activit&#233; sociale et, comme tel, il peut &#234;tre chang&#233;. En luttant pour la production de l'espace, il n'est donc pas question de simplement trouver sa place ou d'identifier les lieux qui &#233;chapperaient encore &#224; l'emprise de l'&#201;tat et du Capital, mais bien de prendre part &#224; la transformation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grille d'analyse permet de parcourir les luttes et les r&#233;sistances pr&#233;sent&#233;es dans cet ouvrage. Quatre sujets ont marqu&#233; notre r&#233;flexion : la question &#233;cologique dans sa dimension urbaine et dans une perspective de classe, l'enjeu de l'organisation dans la dur&#233;e, les rapports sociaux de domination et enfin la centralit&#233; de la question fonci&#232;re. Cet exercice r&#233;pond &#224; deux n&#233;cessit&#233;s th&#233;oriques. D'un c&#244;t&#233;, enrichir et actualiser une pens&#233;e de la production de l'espace. De l'autre, mettre en &#233;vidence toutes les potentialit&#233;s pratiques et analytiques ouvertes par le fait de r&#233;interroger chacune de ces th&#233;matiques &#224; l'aune de leurs dimensions spatiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers une &#233;cologie de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ville durable, &#233;coquartier, d&#233;placement doux : le br&#233;viaire des professionnels de l'urbain est rempli de r&#233;f&#233;rences &#224; l'urbanit&#233; verte. L'&#233;cologie se trouve enr&#244;l&#233;e dans les strat&#233;gies de reproduction capitalistes comme une nouvelle ressource. Au nom du d&#233;veloppement durable ou de la transition, le respect de l'environnement est un pr&#233;texte pour d&#233;truire et pour construire encore plus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valegeas Fran&#231;ois, &#171; Ville durable &#187;, in Adam Matthieu et Comby &#201;meline (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les compensations et les impacts limit&#233;s se font passer pour des efforts de pr&#233;servation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche forc&#233;e vers le transport tout &#233;lectrique repose sur un extractivisme &#233;cocide et aggrave les in&#233;galit&#233;s. Sans transformation de la relation aux d&#233;placements contraints, en particulier ceux li&#233;s au travail, l'injonction &#224; &#171; rouler propre &#187; est hors de port&#233;e pour une large fraction de la population. Les zones &#224; faibles &#233;missions en sont le symbole. La n&#233;cessaire isolation des logements, qui aurait pu fonder un vaste plan d'am&#233;lioration de l'habitat pour les classes populaires, a bien souvent &#233;t&#233; conduite de fa&#231;on autoritaire en motivant des op&#233;rations de d&#233;molition-reconstruction ou des r&#233;novations justifiant des augmentations de loyer. Et les politiques environnementales en ce sens b&#233;n&#233;ficient d'abord aux propri&#233;taires, via des dispositifs de subventions et d'exon&#233;rations fiscales de la r&#233;novation ou par l'augmentation de la valeur des biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le capitalisme vert n'est pas la seule &#233;cologie possible. La destruction syst&#233;matique des terres, des cours d'eau et de l'atmosph&#232;re vient renforcer la pertinence &#224; investir la question spatiale. Les luttes de d&#233;fense des jardins populaires et celles des Voyageurs et Voyageuses contre le racisme environnemental montrent comment l'&#233;cologie est elle-m&#234;me un espace de conflit, opposant une &#233;cologie capitaliste &#224; une &#233;cologie populaire, inscrite dans la lutte des classes, antiproductiviste et mise en &#339;uvre par les personnes concern&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les combats contre les grands projets inutiles et impos&#233;s et les luttes &#233;cologistes urbaines et p&#233;riurbaines ont en commun de placer la question de l'am&#233;nagement du territoire et de nos mani&#232;res d'habiter et de circuler sur le devant de la sc&#232;ne politique. Elles sont le terrain d'alliances nouvelles qui soulignent l'importance du territoire dans la possibilit&#233; m&#234;me des luttes. C'est la proximit&#233; g&#233;ographique qui fait &#233;merger ici une lutte commune aux &#233;cologistes et aux ouvriers et syndicalistes de la logistique contre la construction d'un nouvel entrep&#244;t, l&#224; entre &#233;cologistes et communaut&#233; voyageuse contre les nuisances auxquelles est expos&#233;e une aire d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des combats &#233;cologistes urbains, les positions sociales et les cultures poli- tiques diff&#233;rentes mettent en prise des formes de luttes parfois difficiles &#224; combiner : manifestations l&#233;gales et actions ill&#233;gales, occupations et batailles juridiques. Au-del&#224;, ou en de&#231;&#224;, de ce qui peut &#234;tre qualifi&#233; de lutte, existent d'innombrables r&#233;sistances quotidiennes, souvent discr&#232;tes, pour le fait de pouvoir faire du v&#233;lo dans de bonnes conditions ou de mieux se nourrir. Quels que soient leur objet et leur territoire, r&#233;sistances et luttes &#233;cologistes soulignent enfin l'inextricabilit&#233; des enjeux sociaux et environnementaux, qu'elles associent sans les s&#233;parer en interrogeant la mani&#232;re dont il est possible d'habiter et de produire sans saccager nos lieux de vie et sans exclure personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'organiser dans la dur&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes pour l'espace durent longtemps et doivent faire avec l'h&#233;ritage historique, tant physique qu'institutionnel. L'espace est le r&#233;sultat d'am&#233;nagements pass&#233;s, fruit de confrontations et de rapports de force : un vaste terrain laiss&#233; en friche par le d&#233;part de l'industrie, une zone d'am&#233;nagement diff&#233;r&#233; gel&#233;e par les luttes pass&#233;es, des immeubles mena&#231;ant de tomber en ruines, des grands ensembles d&#233;nigr&#233;s, des infrastructures routi&#232;res. Ce sont aussi des institutions &#8212; &#201;tat central, communaut&#233;s urbaines, municipalit&#233;s, mais aussi am&#233;nageurs, urbanistes, promoteurs &#8212; qui donnent les ordres, prennent les d&#233;cisions, fixent les orientations et les mettent en &#339;uvre. Toutes les luttes rassembl&#233;es dans ce livre font face, plus ou moins longtemps et fortement, aux institutions. Mais elles le font de diff&#233;rentes mani&#232;res &#8212; entre les associations qui acceptent de jouer le jeu de la participation institutionnelle et les collectifs plus ou moins formels qui envisagent leurs modes d'action et leur agenda dans une ext&#233;riorit&#233; compl&#232;te &#224; l'institution. La th&#233;matique de l'institution est, en ce sens, inextricablement li&#233;e &#224; celle des objectifs assign&#233;s aux luttes et notamment du rapport au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'organisation est patente dans l'ensemble de l'ouvrage. Elle fait face &#224; une difficult&#233; majeure : celle de tenir dans la dur&#233;e tout en &#233;chappant &#224; des formes st&#233;rilisantes d'institutionnalisation. C'est explicite quand le municipalisme c&#232;de la place au citoyennisme ou, &#224; l'inverse, se r&#234;ve en communalisme, quand une association glisse de la contestation &#224; l'accompagnement des politiques publiques. Cela se voit aussi quand les institutions &#233;voluent au contact des luttes et dig&#232;rent en partie leurs revendications pour mieux les neutraliser. L&#224; o&#249; les comit&#233;s d'habitants et d'habitantes et les associations de d&#233;fense du cadre de vie se sont progressi- vement institutionnalis&#233;s, l&#224; o&#249; les r&#233;sistances ont en partie int&#233;gr&#233; des objectifs gestionnaires, les luttes urbaines contemporaines doivent souvent recr&#233;er de la conflictualit&#233; pour r&#233;armer de nouveaux mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il de transformer des mouvements en luttes dans la production de l'espace en structures formelles p&#233;rennes ? C'est ce que voudrait un syndicalisme radical des quartiers populaires ou ce qui peut naitre du renouveau des associations de locataires. S'agit-il au contraire d'en faire des formulations momentan&#233;es, souples et orient&#233;es vers des objectifs d&#233;finis, apr&#232;s lesquels il s'agit de se dissoudre pour r&#233;apparaitre sous d'autres formes et dans d'autres espaces ? C'est ce qu'incarnent certains squats &#8212; notamment pour faire face &#224; la r&#233;pression &#8212;, les mouvements spontan&#233;s qui surgissent quand des immeubles s'&#233;croulent et qu'il faut r&#233;agir dans l'urgence, ou les destructions d'engins de chantier pour stopper net des travaux. Ces deux tendances peuvent coexister, de fa&#231;on conflictuelle ou compl&#233;mentaire, par exemple lorsqu'occupations et batailles juridiques soutiennent le m&#234;me combat. Enfin, les rapports sociaux traversant les habitantes et habitants : il n'y a pas d'unit&#233; pr&#233;existante, bien au contraire. Il y a tout &#224; gagner &#224; prendre la mesure de ces rap- ports et &#224; comprendre les int&#233;r&#234;ts divergents, les r&#233;alit&#233;s diff&#233;rentes, les rapports de force internes, pour n'oublier personne et pour gagner en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'espace des rapports sociaux de domination&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdiction de certains espaces ou l'assignation &#224; d'autres sont centrales dans la m&#233;canique d'exclusion au c&#339;ur des rapports de domination. Les Voyageuses et Voyageurs sont cantonn&#233;s &#224; des espaces isol&#233;s et pollu&#233;s, ce qui g&#233;n&#232;re des effets directs sur leur sant&#233; et leurs conditions de vie. Les femmes et les minorit&#233;s de genre subissent harc&#232;lement et violence dans l'espace public. Les classes populaires issues de l'immigration postcoloniale se trouvent assign&#233;es &#224; r&#233;sidence et sont la cible depuis plus de trente ans d'une entreprise de d&#233;placement et de destruction de leurs logements dans une relative indiff&#233;rence du reste de la soci&#233;t&#233;. L'am&#233;nagement r&#233;alis&#233; &#224; l'aune des corps valides et de leur capacit&#233; exclut une part immense de la population. L'accessibilit&#233; est une question de justice sociale, &#224; savoir la capacit&#233; collective &#224; penser les n&#233;cessit&#233;s des personnes sur le plan physique et mental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions sont aujourd'hui li&#233;es &#224; un am&#233;nagement de l'espace conditionn&#233; par la logique marchande : il faut produire rapide, fluide, efficace, lucratif. Mais elles sont aussi pr&#233;gnantes dans les efforts d&#233;ploy&#233;s pour construire des luttes et pour faire vivre des r&#233;sistances. Les habitants et les habitantes sont tr&#232;s largement mobilis&#233;es au fil des pages comme la figure de celles et ceux qui pourraient prendre le pouvoir des lieux dont elles et ils ont l'usage. Cette figure donne l'illusion d'une homog&#233;n&#233;it&#233; et masque l'incontournable question des rapports sociaux. Dans un quartier, a fortiori dans une ville, il n'y a pas une unit&#233; latente, d&#233;j&#224;-l&#224;, &#224; r&#233;aliser, qui serait &#224; la convergence d'int&#233;r&#234;ts naturels des personnes qui habitent l&#224;. Il y a au contraire des rapports de force, des m&#233;fiances, des antagonismes. Partir des espaces concrets, c'est d'abord partir de ces fractures pour tenter de construire des convergences. Et celles-ci sont nombreuses. Classes populaires et classes moyennes pr&#233;caris&#233;es sont confront&#233;es &#224; des difficult&#233;s de logement relativement similaires : se battre pour une ville financi&#232;rement accessible, o&#249; le choix du quartier rel&#232;ve davantage du d&#233;sir que de la solvabilit&#233;, c'est lutter pour le plus grand nombre. S'engager pour des espaces urbains accueillants pour les personnes handicap&#233;es, c'est batailler aussi pour qu'ils le soient pour les enfants, les personnes ponctuellement invalides ou les personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser de voir ces rapports sociaux in&#233;galitaires fait prendre le risque de reproduire des rapports de pouvoir identiques &#224; ceux que l'on pr&#233;tend combattre. Accepter le validisme parce qu'il n'est jamais urgent de r&#233;nover le local et qu'il est contraignant d'appliquer des principes d'autod&#233;fense sanitaire en r&#233;union, laisser faire des comportements sexistes ou racistes parce qu'on est pris dans l'effervescence d'une occupation ou d'un mouvement social, c'est se priver de forces vives pour penser et agir. Cela pose la question de l'espace dans lequel nous voulons vivre. D'une part, penser l'abolition de rapports sociaux in&#233;galitaires influence la d&#233;finition des r&#233;alisations mat&#233;rielles d&#233;sirables, afin qu'elles r&#233;pondent aux besoins de toutes et tous. D'autre part, cela p&#232;se sur la d&#233;termination des modes d'organisation, et notamment sur la question de savoir qui milite au nom de qui &#8211; comme c'est trop souvent le cas lorsque des militants et militantes de la &#171; classe d'encadrement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Bihr propose l&#224; une alternative aux notions floues de &#171; classe moyenne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; parlent ou n&#233;gocient au nom des personnes exil&#233;es ou des habitants et habitantes davantage convoqu&#233;es qu'incarn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re ou l'&#233;l&#233;phant au centre de la pi&#232;ce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est notable que, dans l'extensive litt&#233;rature sur la ville, la question de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re soit si peu abord&#233;e. Cycliquement, la promesse d'une &#171; France de propri&#233;taires &#187; vient fleurir les discours politiques. De fait, la propri&#233;t&#233; de son chez-soi poss&#232;de une puissante force d'attraction dans toutes les couches de la soci&#233;t&#233;. Si pour certains &#171; la propri&#233;t&#233; c'est le vol &#187;, elle s&#233;curise nombre de nos contemporains et contemporaines, en tentant de garantir la s&#233;curit&#233; d'un toit pour les vieux jours ou d'assurer la reproduction du patrimoine familial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui passe par l'achat d'une r&#233;sidence principale, mais aussi, bien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution d'un march&#233; du logement de masse a &#233;t&#233; une entreprise longue, &#224; la fois par le d&#233;veloppement d'une fili&#232;re de la construction et par l'incitation &#224; la cr&#233;ation d'une capacit&#233; d'achat financ&#233;e par la dette. Cette strat&#233;gie, constante depuis les ann&#233;es 1970, de privil&#233;gier la solution individuelle dans l'acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233; a profond&#233;ment marqu&#233; la soci&#233;t&#233; et le paysage. En France, depuis les ann&#233;es 2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les travaux de Jacques Friggit en ligne sur&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le prix &#224; l'achat des logements a &#233;t&#233; en moyenne multipli&#233; par deux. Cette moyenne masque de profondes diff&#233;rences territoriales, les prix allant du simple au triple. En 2021, 58 % des m&#233;nages sont propri&#233;taires de leur logement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Insee, &#171; 37,2 millions de logements en France au 1er janvier 2021 &#187;, Insee (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et 20 % sont encore &#171; acc&#233;dants &#187; (ils remboursent encore leur cr&#233;dit), mais 3,5 % des m&#233;nages d&#233;tiennent 50 % des logements priv&#233;s &#224; la location&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Insee, &#171; 24 % des m&#233;nages d&#233;tiennent 68 % des logements poss&#233;d&#233;s par des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence se fait entre ceux et celles qui peuvent constituer un patrimoine et les autres. Les in&#233;galit&#233;s de patrimoine ont une influence d&#233;cisive, au moins aussi importante que celle des revenus, sur l'acc&#232;s au logement, sur le choix du lieu de r&#233;sidence et par cons&#233;quent sur la qualit&#233; de vie. Les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s au loge- ment sont alors tout &#224; la fois &#233;conomiques, g&#233;n&#233;rationnelles et territoriales. Elles sont influenc&#233;es par les rapports sociaux de domination, par les revenus et par les habitudes de consommation. L'acquisition d'un bien immobilier est le lieu de strat&#233;gies complexes individuelles et familiales. C'est aussi un terrain d'intervention des politiques de cr&#233;dit, de la construction et de la redistribution (via l'imp&#244;t, les cr&#233;dits d'imp&#244;t, les pr&#234;ts &#224; taux z&#233;ro et les pr&#234;ts patronaux). C'est donc une th&#233;matique profond&#233;ment politique et pourtant bien peu investie politiquement, et encore moins collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; n'est pas non plus le socle solide que se figure un imaginaire collectif aujourd'hui r&#233;pandu. Pour beaucoup, acc&#233;der &#224; la propri&#233;t&#233;, c'est avant tout acc&#233;der &#224; des dettes et &#224; une pression qui vaut bien celle d'un loyer. Contraignant fortement les possibilit&#233;s d'achat, les prix du foncier entra&#238;nent souvent un &#233;loignement des lieux de travail et de sociabilit&#233;, et m&#233;caniquement des co&#251;ts de d&#233;placement suppl&#233;mentaires, sans compter les frais d'entretien qui peuvent parfois s'av&#233;rer tr&#232;s &#233;lev&#233;s. Le mouvement des Gilets jaunes a en partie &#233;t&#233; compos&#233; de ces personnes qui ont cherch&#233; &#224; am&#233;liorer leur situation en s'achetant une maison l&#224; o&#249; c'&#233;tait possible, et qui se trouvent mises sous pression par la hausse des co&#251;ts de transport&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Blavier Pierre, Gilets jaunes, la r&#233;volte des budgets contraints, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons peu d'outils pour penser notre positionnement de classe au regard du temps long du patrimoine, ce qui complexifie l'imm&#233;diatet&#233; d'une analyse en termes de revenu. Par exemple, la communisation du patrimoine est rarement pr&#244;n&#233;e, malgr&#233; son potentiel de subversion de l'ordre capitaliste, mais aussi de l'ordre patriarcal et familial bourgeois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gollac Sibylle et Bessi&#232;re, C&#233;line, Le Genre du capital. Comment la famille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Produire un habitat social en favorisant la propri&#233;t&#233; collective, c'est l'option prise en Uruguay par les coop&#233;ratives de logement par aide mutuelle. En plus de favoriser un acc&#232;s &#224; un logement de qualit&#233; pour les classes populaires, elle participe de la constitution d'une force collective inscrite dans la lutte des classes. Le rapport &#224; la propri&#233;t&#233; induit une forme d'organisation sociale : la propri&#233;t&#233; individuelle favorise l'atomisation, la propri&#233;t&#233; collective l'agir en commun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La propri&#233;t&#233; individuelle ne conduit cependant pas plus m&#233;caniquement &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En attendant de se donner les moyens de son abolition, il est sans doute n&#233;cessaire de construire des formes juridiques qui permettent de passer outre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e inali&#233;nable et de privil&#233;gier une propri&#233;t&#233; d'usage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prendre le pouvoir sur la production de l'espace&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes exp&#233;riences relat&#233;es dans le livre et les questions qu'elles soul&#232;vent confortent l'hypoth&#232;se que dans l'urbain se joue une bataille importante pour l'au- tonomie et l'&#233;mancipation. La forme des villes, le logement, l'am&#233;nagement des p&#233;riph&#233;ries, le d&#233;ploiement des infrastructures, les d&#233;placements, les mani&#232;res dont nous pouvons nous r&#233;unir et nous rencontrer l&#224; o&#249; nous vivons : toutes ces choses que nous d&#233;signons comme &#171; l'urbain &#187;, tout &#224; la fois mat&#233;rialit&#233;s et relations sociales, doivent &#234;tre pens&#233;es politiquement. D'une part, car s'attaquer &#224; l'urbain, c'est s'attaquer conjointement, et inextricablement, &#224; la fois &#224; l'&#201;tat et au Capital &#8211; dont l'action commune est particuli&#232;rement visible en contexte n&#233;olib&#233;ral. D'autre part, parce que l'urbain est un champ de luttes o&#249; pourraient se nouer des alliances en dehors de la fragmentation du monde du travail : le logement, le transport, l'acc&#232;s &#224; l'espace public ou &#224; la nature sont des probl&#233;matiques o&#249; les int&#233;r&#234;ts des classes populaires et d'une partie de la classe moyenne peuvent se rejoindre, car elles sont faites de gal&#232;res en partie communes. Dans la pratique, c'est tr&#232;s rarement le cas, car le plus souvent les classes moyennes s'enr&#244;lent au service de la bourgeoisie pour reproduire l'ordre social capitaliste. C'est la mal&#233;diction et l'opportunit&#233; des luttes urbaines : opportunit&#233; de prendre appui sur la vie quotidienne et par l&#224; d'&#233;chapper un tant soit peu aux strictes n&#233;cessit&#233;s de l'&#233;conomie et &#224; la logique des int&#233;r&#234;ts ; mal&#233;diction de se retrouver trop souvent sous l'h&#233;g&#233;monie des plus ais&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le camp du pouvoir comme dans celui des luttes, l'urbain est trop souvent &#171; naturalis&#233; &#187;, pens&#233; comme une cons&#233;quence d'autres r&#233;alit&#233;s plus importantes : la politique et le travail. En agissant sur le terrain de l'espace, il ne s'agit pas d'&#233;pouser le spatialisme du pouvoir qui pr&#233;tend agir sur l'espace pour transformer les rap- ports sociaux (construire des logements, raser des barres ou des tours, am&#233;nager des espaces publics et des infrastructures de transport). Il s'agit &#224; l'inverse de partir des pratiques et d'attaquer le discours dominant, en consid&#233;rant l'espace comme une r&#233;alisation concr&#232;te des pratiques sociales &#8212; de penser &#224; partir de nos vies quotidiennes, de leur banalit&#233;, de ce que nous sommes l&#224; o&#249; nous sommes. Outre sa dimension transversale &#224; tous les aspects de l'existence, l'espace a un autre int&#233;r&#234;t politique : il repr&#233;sente &#224; la fois l'objet de nos d&#233;testations &#8211; en tant qu'incarnation mat&#233;rielle du capitalisme &#8211; et celui de nos d&#233;sirs &#8211; en tant que support de projec- tions d'un monde sans exploitation ni domination.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prendre le parti de l'urbain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La ville, comme forme historique, peut sembler irr&#233;m&#233;diablement ab&#238;m&#233;e tant dans sa forme physique &#8211; nappes pavillonnaires, quartiers ferm&#233;s, mus&#233;ification des centres anciens, zones logistiques ou commerciales &#224; perte de vue &#8211; que dans les possibilit&#233;s d'y habiter dans de bonnes conditions pour le plus grand nombre &#8211; du fait de la sp&#233;culation, de la &#171; mont&#233;e en gamme &#187; des logements et des commerces, de la touristification, de l'inadaptation des logements au d&#233;r&#232;glement climatique, du prix des loyers, de la surveillance et du contr&#244;le policier. Dans ce contexte, partir &#224; la &#171; campagne &#187; apparait comme une solution d&#233;sirable pour une large fraction de la population, mais cette alternative ne constitue une possibilit&#233; r&#233;elle que pour une petite minorit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Delage Aur&#233;lie et Rousseau Max, &#171; L'&#8220;exode urbain&#8221;, extension du domaine de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; contre-pied de ces deux tendances, nous prenons le parti de l'urbain. Ce n'est pas une option de la &#171; Ville &#187; contre la &#171; Campagne &#187;, mais un choix pour s'inscrire dans une r&#233;alit&#233; historique qui nous semble incontournable. Les pens&#233;es antiurbaines en vogue, des fantasmes d'exode urbain au survivalisme, outre leur essentialisme qui flirte avec le mythe du bon sauvage, sont r&#233;actionnaires au sens o&#249; elles reproduisent ce paradigme individualiste de la concurrence de toutes contre tous pour les ressources, que celles-ci soient fonci&#232;res, nourrici&#232;res ou simplement de bien-&#234;tre. Elles tendent aussi parfois &#224; d&#233;laisser la question sociale et la question politique au profit d'un illusoire &#171; en dehors &#187;. Ce faisant, elles promettent un avenir aussi in&#233;galitaire que la soci&#233;t&#233; actuelle, dont les plus fragiles sont exclus et o&#249; seuls les plus forts &#8211; &#233;conomiquement comme physiquement &#8211; peuvent s'&#233;panouir. D&#233;fendre la soci&#233;t&#233; urbaine &#8211; comme communaut&#233; coop&#233;rante pour permettre la satisfaction des besoins &#8211; c'est consid&#233;rer au contraire que l'autonomie est le geste r&#233;alis&#233; en commun, que le pouvoir se conquiert par l'interd&#233;pendance. L'interd&#233;pendance, c'est pr&#233;cis&#233;ment la prise en compte conjointe des besoins et des envies de l'individu et de la communaut&#233;, sans faire fi des contradictions du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas question de d&#233;fendre la forme actuelle de la ville, configur&#233;e et organis&#233;e par la dynamique du syst&#232;me de production capitaliste. Celui-ci &#8211; plus encore dans sa forme n&#233;olib&#233;rale &#8211; nous assigne au statut d'individus suppos&#233;ment auto- nomes en concurrence permanente avec les autres, dans toutes les sph&#232;res de nos existences. Le d&#233;faire passe par le geste consistant &#224; refuser radicalement cette d&#233;finition individualiste de l'autonomie. Certains voudraient nous convaincre de voir dans le &#171; pouvoir des villes &#187;, et en particulier des m&#233;tropoles, la perspective d'un monde meilleur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barbier Cl&#233;ment, &#171; Le mythe de la m&#233;tropole attractive &#187;, M&#233;tropolitiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour cela, toute une mythologie de la cit&#233; et du citoyen, de la participation et des communs est mobilis&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'une critique tronqu&#233;e. On retrouve ici le ciment d'une certaine id&#233;ologie de la participation, de la co-construction des projets, de la &#171; transition &#187;. Cette id&#233;ologie est &#224; la racine d'une alliance entre bourgeoisie et classe d'encadrement, qui ont tendance &#224; vouloir r&#233;soudre les in&#233;galit&#233;s par le dialogue et l'&#233;ducation. Pour que des alliances porteuses de transformations soient possibles autour de la question urbaine, il est n&#233;cessaire de casser le bloc id&#233;ologique qui assure la perp&#233;tuation apais&#233;e de la production capitaliste de l'espace. En d'autres termes, il revient aux membres de la classe d'encadrement &#8211; en particulier aux architectes, urbanistes ou fonctionnaires territoriaux, mais aussi aux professionnels du travail social, de la cr&#233;ation, de la recherche urbaine &#8211; de casser leur alliance avec l'&#201;tat et le Capital. Mais c'est surtout l'auto-organisation &#224; la base et dans une vis&#233;e de transformation radicale qui peut fissurer ce bloc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mixit&#233; sociale comme solution pour r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s urbaines, le d&#233;veloppement durable comme contribution &#224; la r&#233;solution de la crise &#233;cologique, la construction massive d'immeubles locatifs comme r&#233;ponse &#224; la crise du logement, entre autres exemples, sont des inepties relay&#233;es par les professionnels de la ville, mais elles rel&#232;vent trop souvent encore de croyances partag&#233;es. La critique de l'urbanisme n'est donc pas seulement un travail de d&#233;construction qui vise &#224; donner des cl&#233;s de compr&#233;hension de son fonctionnement et des outils pour s'y opposer : elle est aussi une entreprise de fragilisation de son socle id&#233;ologique dans le but de produire une reconfiguration des alliances de classes. Le pouvoir d'organiser la vie quotidienne passe par le fait de produire un espace dans lequel elle puisse &#234;tre diff&#233;rente. Prendre le pouvoir sur la production de l'espace est donc &#224; la fois une n&#233;cessit&#233; vitale et une possibilit&#233; de changer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tenir la ville, embrasser l'urbain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tenir la ville traite de dynamiques g&#233;n&#233;rales en s'appuyant essentiellement sur des exp&#233;riences fran&#231;aises. C'est aussi &#224; partir de cet espace social, intellectuel, politique et linguistique que nous th&#233;orisons, ce qui implique que nos r&#233;flexions se nourrissent avant tout de cet espace, o&#249; nous vivons et luttons, sans pr&#233;tention g&#233;n&#233;ralisatrice excessive. Du squat au municipalisme, des luttes f&#233;ministes dans l'espace &#224; la propri&#233;t&#233; d'usage, de la sauvegarde de jardins populaires au syndicalisme de quartier, la question qui traverse les combats r&#233;unis dans cet ouvrage est celle de la part et de la place des personnes dans la production de l'espace, c'est- &#224;-dire celle du pouvoir qu'elles ont sur leurs conditions d'existence et sur l'organisation de leur vie quotidienne. Les questions sous-jacentes portent sur quoi et comment produire et sur comment ma&#238;triser une r&#233;partition juste du pouvoir et des actions. L'enjeu est finalement toujours d'aboutir &#224; une soci&#233;t&#233; qui s'organise &#171; de chacun et chacune selon ses facult&#233;s, &#224; chacune et chacun selon ses besoins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le vieil adage qui, de Louis Blanc &#224; Kropotkine en passant par Marx, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; C'est par les luttes collectives que, parfois, la tendance peut s'inverser. M&#234;me si elles sont prises dans des rapports de pouvoir, par nature dissym&#233;triques, les populations peuvent s'autonomiser sur des pans entiers de leur rapport &#224; l'espace. Le pouvoir qui nous int&#233;resse est alors celui, m&#234;me partiel, m&#234;me timide, que les habitantes et les habitants reprennent au Capital, &#224; l'&#201;tat et aux classes dirigeantes et celui qu'elles et ils se donnent pour d&#233;cider de fa&#231;on autonome de la mani&#232;re dont l'espace doit &#234;tre produit. Comme le montrent les chapitres de cet ouvrage, ce pouvoir est fragile, mais il existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;gradation des conditions d'habitabilit&#233; de la plan&#232;te, l'explosion des in&#233;galit&#233;s sociales et territoriales, l'&#233;miettement des faux-semblants d&#233;mocratiques et la perp&#233;tuation des m&#233;canismes s&#233;gr&#233;gatifs les plus vari&#233;s actualisent la question urbaine et appellent &#224; l'investir &#224; nouveaux frais. La prendre &#224; bras-le-corps implique conjointement de penser l'ensemble des processus qui engendrent et organisent les espaces urbanis&#233;s, de prendre &#224; c&#339;ur l'enjeu de la production de l'espace, de s'engager pour y gagner du pouvoir, enfin de saisir sans les laisser s'&#233;chapper les opportunit&#233;s qui permettent de gagner en autonomie. Cette ambition tient en une formule : embrasser l'urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Cet article est une republication d'un texte initialement paru dans l'ouvrage collectif &lt;i&gt;Tenir la ville&lt;/i&gt;. R&#233;f&#233;rence compl&#232;te : Matthieu Adam, Antonio Delfini, Am&#233;rico Mariani, &#171; Embrasser l'urbain. Prendre le pouvoir sur la production de l'espace &#187; (2023), in Collectif Asphalte, &lt;i&gt;Tenir la ville. Luttes et r&#233;sistances contre le capitalisme urbain&lt;/i&gt;, Lille, &#201;ditions Les &#201;taques, pp. 351-366.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soci&#233;t&#233; Coop&#233;rative Ouvri&#232;re de Production, L'Alma-Gare &#224; Roubaix. Quand les habitants prennent l'initiative, 1979. En ligne : &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xoccuo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.dailymotion.com/video/xoccuo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adam Matthieu et Comby &#201;meline, &#171; Introduction. Un capitalisme &#224; visages urbains &#187;, in Adam Matthieu et Comby &#201;meline (dir.), Le Capital dans la cit&#233;. Une encyclop&#233;die critique de la ville, Paris, &#201;ditions Amsterdam, 2020, p. 9-27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Harvey David, Les Limites du capital [1981], Paris, &#201;ditions Amsterdam, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il existe des discussions pour savoir si la France, comme de nombreux pays, est entr&#233;e dans une phase d'autoritarisme. Le capitalisme est par essence violent et autoritaire et sa mouture n&#233;olib&#233;rale a commenc&#233; avec les dictatures latino-am&#233;ricaines et les r&#232;gnes de Reagan ou Thatcher. Accoler &#171; autoritaire &#187; &#224; &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187; serait laisser croire qu'il existerait un capitalisme de la n&#233;gociation. Sans ignorer que c'est ce qu'a pr&#233;tendu &#234;tre la social-d&#233;mocratie, nous ne le pensons pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Courant r&#233;volutionnaire marxiste italien organis&#233; autour de la revue Quaderni Rossi &#224; partir de 1961, l'op&#233;ra&#239;sme voit dans la classe ouvri&#232;re le c&#339;ur du capitalisme et &#233;rige comme priorit&#233; la conqu&#234;te de l'usine, plut&#244;t que celle de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aureli Pier Vittorio, &#171; Retour de l'usine : le territoire, l'architecture, les ouvriers et le capital &#187;, P&#233;riode, f&#233;vrier 201. En ligne : &lt;a href=&#034;http://revueperiode.net/retour-de-lusine-le-territoire-larchitecture-les-ouvriers-et-le-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://revueperiode.net/retour-de-lusine-le-territoire-larchitecture-les-ouvriers-et-le-&lt;/a&gt; capital/&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefebvre Henri, La Production de l'espace, Paris, Anthropos, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le triptyque &#171; absolu, relatif, relationnel &#187; est emprunt&#233; &#224; David Harvey (G&#233;ographie et capital. Vers un mat&#233;rialisme historico-g&#233;ographique, Paris, Syllepse, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Valegeas Fran&#231;ois, &#171; Ville durable &#187;, in Adam Matthieu et Comby &#201;meline (dir.), Le Capital dans la cit&#233;, op. cit., p. 377-391.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Bihr propose l&#224; une alternative aux notions floues de &#171; classe moyenne &#187; ou de &#171; petite bourgeoise. &#187; La classe d'encadrement est d&#233;finie par sa fonction dans la division sociale du travail. Elle regroupe celles et ceux qui assurent &#171; les t&#226;ches d'encadrement (d'organisation, de conception, de l&#233;gitimation, de contr&#244;le) des groupes sociaux, des pratiques sociales, des rapports sociaux, dont la fonction g&#233;n&#233;rale est d'assurer la reproduction globale du capital, c'est-&#224;-dire sa domination non pas sur le seul acte social de travail [&#8230;], mais plus largement sur la soci&#233;t&#233; dans son ensemble et &#224; tous ses niveaux (&#233;conomique, social et politique). &#187; (Bihr Alain, Entre bourgeoisie et prol&#233;tariat. L'encadrement capitaliste, Paris, L'Harmattan, 1989, p. 1-2).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui passe par l'achat d'une r&#233;sidence principale, mais aussi, bien souvent, par celui d'une r&#233;sidence secondaire (10 % du parc de logements France m&#233;tropolitaine) ou d'un bien destin&#233; &#224; la location (ce qu'on nomme la propri&#233;t&#233; lucrative). Ces deux march&#233;s structurent aussi la distribution du foncier et l'acc&#232;s au logement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les travaux de Jacques Friggit en ligne sur &lt;a href=&#034;https://friggit.eu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://friggit.eu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Insee, &#171; 37,2 millions de logements en France au 1er janvier 2021 &#187;, Insee Focus, n&#176; 254, 2021. En ligne : &lt;a href=&#034;http://www.insee.fr/fr/statistiques/5761272&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.insee.fr/fr/statistiques/5761272&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Insee, &#171; 24 % des m&#233;nages d&#233;tiennent 68 % des logements poss&#233;d&#233;s par des particuliers &#187;, Portrait social. &#201;dition 2021, 25 novembre 2021. En ligne : &lt;a href=&#034;http://www.insee.fr/fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.insee.fr/fr/&lt;/a&gt; statistiques/5432517 ?sommaire=5435421&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Blavier Pierre, Gilets jaunes, la r&#233;volte des budgets contraints, Paris, PUF, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gollac Sibylle et Bessi&#232;re, C&#233;line, Le Genre du capital. Comment la famille reproduit les in&#233;galit&#233;s, Paris, La D&#233;couverte, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La propri&#233;t&#233; individuelle ne conduit cependant pas plus m&#233;caniquement &#224; l'individualisme que la propri&#233;t&#233; d'usage ne conduit &#224; lui &#233;chapper d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Delage Aur&#233;lie et Rousseau Max, &#171; L'&#8220;exode urbain&#8221;, extension du domaine de la rente &#187;, M&#233;tropolitiques, juillet 2022. En ligne : &lt;a href=&#034;https://metropolitiques.eu/L-exode-urbain-extension-du-domaine-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://metropolitiques.eu/L-exode-urbain-extension-du-domaine-&lt;/a&gt; de-la-rente.html&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barbier Cl&#233;ment, &#171; Le mythe de la m&#233;tropole attractive &#187;, M&#233;tropolitiques, mars 2023. En ligne : https:// metropolitiques.eu/Le-mythe-de-la-metropole-attractive.html&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon le vieil adage qui, de Louis Blanc &#224; Kropotkine en passant par Marx, d&#233;finit l'horizon d'une soci&#233;t&#233; affranchie du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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