« Les idées, représentations, valeurs, qui ne parviennent pas à s’inscrire dans l’espace en engendrant (produisant) une morphologie appropriée se dessèchent en signes, se résolvent en récits abstraits, se changent en fantasmes. [...] L’investissement spatial, la production de l’espace, ce n’est pas un incident de parcours, mais une question de vie ou de mort. » (Lefebvre, 1974)
L’espace - considéré comme un « rapport social inhérent aux rapports de propriété et aux forces productives » qui est donc à la fois produit et producteur de faits sociaux (Lefebvre, 1974) - est par définition au cœur de la vie quotidienne : il régit l’organisation du travail, du logement et des mobilités, rythme les agendas, permet ou empêche l’élaboration politique, la circulation des corps... Cet espace, c’est à la fois, l’urbain et le rural, le « construit » et « le naturel », nos environnements et nos intimités.
Dans l’espace et par l’espace, nous inscrivons nos existences dans une profondeur matérielle et historique. Terrain de résistances quotidiennes et de luttes, c’est pourtant un sujet aujourd’hui largement délaissé par les mouvements sociaux tant nous avons l’habitude de le voir comme une toile de fond et un résultat de la conflictualité sociale. Des collectifs spécialisés dans les thématiques du logement, de l’accueil ou de la lutte contre les chantiers inutiles s’emparent de ces questions, mais morcelées et divisées, ces luttes peinent à se saisir de la question spatiale dans toute sa transversalité.
Dans le monde académique, énormément de travaux portent sur l’aménagement des territoires mais réduisent les politiques et les pratiques spatiales à des débats techniciens et normatifs. L’idéologie scientifique, soi-disant neutre, fait paravent aux logiques autoritaires et néolibérales inhérentes aux choix et aux stratégies d’aménagement et d’urbanisme. Et lorsqu’ils se présentent comme critiques, les écrits universitaires ne parviennent pas à réellement contribuer à des mouvements effectivement émancipateurs, quand ils ne s’égarent pas dans un essentialisme réactionnaire.
De ce constat et d’une envie collective de contribuer à repolitiser la question spatiale est né terre à terre. Nous voulons tenter de tenir ensemble deux activités : travailler à comprendre le monde hostile dans lequel nous habitons et contribuer à imaginer des horizons désirables. Pour ce faire, notre conviction est qu’il est nécessaire de prendre le temps du recul, de l’analyse et de la recherche pour nourrir les mobilisations collectives. terre à terre est donc un espace qui permet à la fois de décrypter des expériences politiques et de discuter de concepts et de notions qui structurent la théorie sociale, dans l’optique de décentrer le regard et de faire progresser la manière de penser et de façonner l’espace. Au fond, il s’agit de construire un espace d’élaboration collective exigeant qui pourra constituer, à terme, une base solide sur les questions touchant à la production de l’espace et à sa transformation.
Un espace autre. Nous souhaitons accueillir des réflexions exigeantes et rigoureuses dans leur analyse et leur ambition de transformation et d’émancipation sociale. Nous aurons une vigilance particulière à ne pas reproduire les écueils de l’ethos académique, sa violence institutionnelle et son innocuité théorique.
terre à terre publiera à un rythme irrégulier, des contributions qui feront progresser la compréhension collective de la production de l’espace, en discutant des théories qui l’irriguent. Ouverte à une diversité critique, nous souhaitons autant que possible faire dialoguer les pensées critiques et les expériences issues de luttes sociales. L’objectif n’est pas de marteler une théorie figée mais de rendre possibles et visibles à la fois les remises en question, les interrogations, les zones d’ombre. Être un espace autre implique donc de faire les choses différemment des revues traditionnelles - à la fois dans les formats de publication, mais aussi dans le rythme et les méthodes d’édition -, pour permettre à chacun·e d’essayer des choses, d’avancer à tâtons, de contribuer à une élaboration collective. En résumé, c’est ensemble que nous espérons non pas tracer des autoroutes théoriques rectilignes et bornées, mais défricher des chemins de contrebande.
La fin étant aussi le moyen, l’ambition est de créer et d’offrir un espace et des outils qui permettent d’accomplir cette tâche tout en prenant soin les un·es des autres. Plus qu’un ensemble de règles, il s’agit d’une pratique de l’attention. Attention portée aux rapports de pouvoir, tant dans les dynamiques internes, que dans l’accompagnement des contributeur·ices.
terre à terre émane d’un collectif de huit personnes qui composent le comité éditorial chargé de faire tourner la machine. L’accompagnement et la discussion des textes pourra être assuré par des personnes extérieures à ce groupe. La publication dans terre à terre est ouverte à toute personne qui se reconnaitra dans le projet. terre à terre a vocation à permettre l’expérimentation tant sur le fond que sur la forme et aucun format n’est donc exclu a priori : articles originaux, entretiens, traductions, recensions, dialogues, contributions visuelles et sonores, discussions théoriques autant qu’empiriques. La publication résulte d’un processus de validation collective des propositions. Celui-ci est réalisé dans une discussion ouverte avec les membres du comité de rédaction et du comité de lecture. L’élaboration collective étant au cœur du projet, il est possible de nous contacter avec une idée ou une ébauche.
Pour nous contacter : contact@terreaterre.eu
Le comité éditorial est composé au mois de mai 2025 :
Matthieu Adam, Céline Belledent, Maé Burlat, Émeline Comby, Félix Lefebvre, Simon Le Roulley, Américo Mariani, Mónica Piceno